Sommes-nous réellement en démocratie ?

Sommes-nous réellement en démocratie ?

I – La démocratie, c’est bien !

Depuis les bancs de l’école, on nous rabâche que nous sommes en démocratie. De la classe politique en passant par les médias et toutes les personnes défendant ardemment ce système, ceci nous est souvent répété ; la démocratie telle qu’elle est aujourd’hui dans les pays “ libres ” est un héritage de nos ancêtres qui se sont battus pour l’obtenir. Elle est une avancée en terme de liberté, d’égalité des peuples et de prises de décision de ceux-ci dans la vie politique de leur pays, comparé aux régimes dictatoriaux ou monarchiques.

Tout ceci semble correct à première vue, on a déjà entendu ça pas mal de fois. Maintenant, essayons de creuser un peu le sujet.

Tout d’abord, il est remarquable que l’emploi du mot « démocratie » soit relativement souvent employé avec les termes, égalité, liberté, et d’autres mots assimilables. Une question paraît alors évidente ; quelle est la définition première du mot “ démocratie ” ?

 

 

II – Une question de… définitions.

La démocratie ( du grec ancien dēmokratía, « souveraineté du peuple », de dêmos, « peuple » et krátos, « pouvoir », « souveraineté ») est le régime politique dans lequel le peuple est souverain (le peuple renvoyant cependant à la notion plus restrictive de citoyens, la citoyenneté n’étant pas forcément donnée à toute la population).

En somme dans la première définition du mot démocratie, le peuple est souverain, c’est-à-dire que le peuple détient le droit exclusif d’exercer l’autorité politique (législative, judiciaire et/ou exécutive).

La question qui est juste de se poser est la suivante : sommes-nous réellement souverains de quoi que ce soit en ayant comme seul pouvoir celui de voter ?

Question qui peut paraître une hérésie pour certains, mais essayons de chercher quand même. Étant donné que la souveraineté est le droit absolu d’exercer une autorité (législative, judiciaire et/ou exécutive), si le peuple était réellement souverain, il aurait une réelle autorité sur ces pouvoirs. Or ça n’est pas le cas ! Donc, soit il s’agit d’une arnaque linguistique destinée à déformer une réalité, “ novlangue ”, soit la définition a dérivé. Et effectivement, il y a plusieurs définitions qui ont dérivés à partir de la première ( démocratie représentative, démocratie directe, semi-directe, participative, etc.) Certaines ont tellement dérivés que le principe de base n’est même plus d’actualité. Par exemple – au hasard – notre démocratie représentative, qui donne la souveraineté à nos élus et non au peuple (ce qui est différent).

Mais essayons d’aller encore un peu plus loin et regardons du côté de la constitution de la République française. Que dit-elle sur la souveraineté ?

Voici l’article I-2 et I-3 (deux des trois premiers articles de la Constitution) comme vous allez vous en rendre compte ils sont assez contradictoires.

Article 2

La langue de la République est le français.

L’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge.

L’hymne national est la « Marseillaise ».

La devise de la République est « Liberté, Égalité, Fraternité ».

Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Article 3

La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum.

Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice.

Le suffrage peut être direct ou indirect dans les conditions prévues par la Constitution. Il est toujours universel, égal et secret.

Sont électeurs, dans les conditions déterminées par la loi, tous les nationaux français majeurs des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques.

Ok, bon… Je veux bien faire des efforts, mais là, il y a une contradiction qui saute tellement aux yeux que l’on se demande pourquoi ils ont mit un tel principe. A la rigueur, ils auraient pu être honnêtes et écrire :  » Gouvernement d’élus, par le peuple et pour le peuple « . Mais bon, apparemment ça ne choque personne…

A voir aussi la méticuleuse analyse d’Etienne Chouard sur la Constitution européenne.

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Constitution_revelateur_du_cancer_de_la_democratie.htm

 

 

III- Des politiciens et des hommes.

Soyons clairs, il paraît évident que la classe politique n’a pas tenu, ne tient pas et ne tiendra pas ses promesses. Ceci n’est pas un problème français, il s’agit d’un constat général. A chaque fois qu’un groupe d’homme a du pouvoir, peu importe leurs nationalités, leurs religions ou leurs orientations politiques, ils en abusent. Aujourd’hui, le constat est affligeant, les conflits d’intérêts et autres magouilles s’étalent dans les journaux sans que ça ne choque plus personne. Il est vrai que nous sommes habitués à ça, constamment de nouvelles affaires surgissent, c’est devenu presque normal.

Bon, ils sont malhonnêtes, ok, et alors ? Et bien, l’énorme problème est simple : ils sont censés prendre des décisions à notre place, sans trop nous consulter (sauf référendum), des décisions des fois très importantes, qui nous concernent directement et qui plus est avec notre argent

Devant ce constat quotidien, je me suis posé trois questions :

Sommes-nous abrutis à ce point pour que des personnes corrompues puissent être désignées pour organiser notre société ?
Où bien, sommes-nous des enfants, pour ne pas pouvoir réfléchir nous-mêmes aux problèmes de notre société ?
Et enfin, sont-ils réellement aussi compétents qu’ils le prétendent ?

Ces questions peuvent paraître dénuées de sens or, la réalité nous renvoie constamment vers ces questions. Plusieurs points importants sont à noter et méritent réflexion.

Les dirigeants sont à l’heure actuelle sélectionnés non pas sur leurs capacités à gouverner, mais sur leurs capacités à se faire élire. Argument qui semble en effet se vérifier lorsqu’on suit les débats de l’Assemblée nationale sur un sujet dans lequel on a une certaine expertise.
Dans le système actuel, nos représentants sont donc censés acquérir une expertise en se renseignant sur les sujets abordés. Ils ne sont pas spécialistes ou experts de tous les sujets dont ils sont chargés, ils peuvent d’ailleurs changer de ministère sans pour autant être inquiétés sur « l’expertise » qu’ils amèneront au sujet.

Les électeurs jugent donc un futur président sur son « charisme », son « apparence », son « éloquence », mais ne pourront le juger sur ses « compétences », car avant d’être élus les citoyens ne savent pas si ce futur président est compétent ou non. En gros, nous jugeons les candidats à une élection présidentielle sur du superficielle et non du concret.

Une fois au pouvoir… Et bien, c’est fini. Tout le monde rentre chez soi et attend. On attend une mauvaise décision pour râler ou une bonne décision qui ne viendra jamais, on attend les promesses qui tardent ou ne sont pas assez satisfaisantes, on attend longtemps… C’est long cinq ans… Et pendant tout ce temps à attendre que les choses s’améliorent vraiment, le gouvernement fait des réformes, de nouvelles lois, décide des budgets, fait des économies, parfois même part en guerre… Sans nous demander notre avis, car maintenant c’est trop tard, ils sont élus et si le peuple est mécontent… Il peut toujours faire grève ou manifester, dehors, dans la rue, et se faire frapper par des policiers qui sont censés le protéger.

Une frustration qui monte, année après année, président après président, les gens se rendent compte de l’impuissance totale des citoyens devant un tel système ou le peuple est censé être souverain. En réalité, il ne l’est absolument pas, au final sa seule contribution est un vote dénaturé de sens (voter pour une personne sans connaître ses compétences et la laisser gouverner à notre place en pensant qu’elle sera bien plus compétente que nous). Sans parler des conflits d’intérêts récurrents liés au financement des campagnes présidentielles. Eh oui, ils devront « rendre » d’une manière ou d’une autre ce financement à leurs “ prêteurs ” (banques, multinationales, partis politiques étrangers, lobby,etc.) Il y a aussi l’implication des lobbys, très amis avec la classe politique – étrangement – et bien évidemment les banques privées qui depuis un certain temps dictent la politique intérieur du pays sous menace de sanctions (augmentation de taux d’intérêt, etc.) Tout ceci crée notre impuissance totale, voire même notre soumission à ce système verrouillé. Peu importe le parti politique, les choses se passeront de la même manière, en plus ou moins grave selon les époques et la situation économique du pays. Le pouvoir les attire et tous les moyens sont bons pour le garder entre leurs mains, quitte à faire croire n’importe quoi aux citoyens.

 

 

« La bonne politique est de faire croire aux peuples qu’ils sont libres. » Napoléon Bonaparte.

A voir, le documentaire ( The Brussels Business ) où comment, à Bruxelles, les lobbys financiers et industriels influencent les décisions européennes.
http://4emesinge.com/brussels-business-2011-friedrich-moser-matthieu-lietaert/

 

 

 

IV – Le peuple est un enfant.

Une chose qui me déstabilise le plus à vrai dire, c’est la position paternaliste des hommes politiques envers les citoyens. En nous faisant croire constamment que seuls eux sont capables de comprendre ce qu’ils font sous prétexte qu’ils font partie de “ l’élite ”. Une “ élite ”, toujours la même d’ailleurs ( homme, blanc, classe sociale aisée, d’un certain âge) ce qui est représentatif de la population Française, évidement le pays est surpeuplé d’homme blanc, riche et vieux… Il n’y a quasiment pas de femmes, presque pas d’ouvriers, ni de jeunes, ni de personnes d’autres origines… Enfin bon… tout ça pour dire qu’ils ne sont absolument pas représentatifs de la population française et donc du “ peuple ”.
Une question simple : comment des gens qui n’ont rien à voir avec le peuple peuvent se prétendre “ comprendre le peuple ” et “ savoir ce qu’il désire ” pour se permettre de “ décider à sa place ” ? A vrai dire, ils ne le peuvent pas et ne le font pas, car leurs intérêts sont tout autres, s’ils étaient si préoccupés de l’avis et du bien-être des citoyens, ils nous demanderaient notre avis.
Je suis désolé, mais si dans votre vie quelqu’un décide à votre place de quelque chose d’important pour vous, soit vous êtes mineur, dans ce cas vos parents sont responsables de vous et prennent certaines décisions à votre place, soit vous n’êtes pas en état de prendre des décisions (handicap physique lourd, mentale, graves maladies, etc), ou soit vous vivez sous la coupe d’un tyran…
Et même quand on nous demande notre avis – référendum de 2005 – c’est pour finalement, pas le prendre en compte.

Le papa:“ Ma fille as-tu pensé un peu à ce qu’il te plairait de faire plus tard ? ”
La fille: “ Oui, je voudrais être artiste-peintre ! ”
Le papa:” Non ! Avec ta mère, nous pensons qu’il serait mieux pour toi que tu fasses avocate, tu feras avocate. ”

Le même genre de décisions sont prises au mépris le plus total des citoyens, de leurs avis, de leurs besoins. Peu importe si vous êtes contre la retraite à 65 ans, ils vous diront que c’est mieux pour vous, qu’il n’y a plus d’argent… Tous les arguments seront bons à entendre, tous les moyens seront utilisés pour vous convaincre, même le mensonge… Et il y en a des mensonges… il y en a un paquet…

Quand des représentants mentent ouvertement à leurs citoyens, on peut se poser beaucoup de questions.

Sont-ils là pour défendre réellement les intérêts des citoyens ?

Les conflits d’intérêts du métier de politicien n’ont-t-ils pas rendu la profession incroyablement corruptible ?

Ils se battent tous pour avoir la place, mais pourquoi cet acharnement pour devenir président ? Pour protéger les intérêts des citoyens ou pour le pouvoir ?

IV – Le pouvoir, mon précieux.

A voir leur acharnement pour obtenir la place de président, on peut s’imaginer qu’elle doit être relativement confortable, certains s’y présentent même plusieurs fois de suite enchaînant essai sur essai. Les citoyens se retrouvent ainsi avec des têtes de liste (toujours les mêmes) catapultés sur le devant de la scène par leur partie respectif. Un choix fictif en réalité, car leurs intérêts sont dominés par la soif de pouvoir.

Cette soif de pouvoir, le Dr. Robertson, professeur de psychologie et fondateur du Trinity College Institute of Neuroscience de Dublin, nous en parle dans son livre « The Winner Effect : How Power Affects Your Brain ». Il y explique que d’être en position de pouvoir a pour effet sur le cerveau d’augmenter la production de testostérone chez les hommes comme chez les femmes. “ La testostérone et un de ses sous-produits, appelé 3-androstanediol, ont un effet addictif, surtout parce qu’ils augmentent les niveaux de dopamine dans les zones du cerveau où il ressent la satisfaction”. Il ajoute: « Trop de pouvoir -et donc trop de dopamine- perturbe les fonctions cognitives et émotionnelles normales, ce qui peut pousser à commettre de graves erreurs de jugement en plus d’empêcher de bien évaluer les risques, pour ne pas mentionner l’égocentricité et le manque d’empathie pour les autres. ».

Donc, le pouvoir n’est pas forcément une bonne chose pour prendre d’importantes décisions et soi-disant en passant pour prendre des décisions à la place des autres.
Mais si le fait d’avoir du pouvoir est un problème ? Alors, comment faire pour gouverner un pays ? Qui décide ? Qui prend des décisions ?

Et bien nous tout simplement, les citoyens… Et si vous me demandez comment ?

Vous le saurez dans la deuxième partie de ce dossier :p …

Stéphane Hairy

 

Sources:

http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9mocratie

http://www.podcastscience.fm/dossiers/2012/05/02/tirage-au-sort-et-decisions-collectives/

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Constitution_revelateur_du_cancer_de_la_democratie.htm

 » The Winner Effect : How Power Affects Your Brain « . Ian Robertson

 

4 Commentaires
  1. ghut 4 années Il y a

    Hâte de voir la deuxième partie…

  2. Nguila esaie 4 années Il y a

    Je souhaite que ça soit confiné dans un livre pour qu’il reste toujours à mon chevet.

  3. […] ceux qui souhaitent approfondir le sujet, vous trouverez ici l’article rédigé par Stéphane en mars dernier. Vous trouverez également de plus amples […]

  4. AOUT 3 années Il y a

    Je vous invite à regarder du côté de : http://www.upr.fr

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