Le Mouvement des Villes en Transition: Politique et Apartisan

Traduction d’un article de Sara Ayech,qui est la coordinatrice du mouvement de Transition de Dartmouth Park à Londres, et une reporter social (entre autres!):

Le mouvement de Transition [The Transition Town Movement = Le mouvement des villes en transition] se prétend parfois apolitique, mais je pense que la politique peut se définir comme n’importe quel problème impliquant un conflit de ressources, et une décision sur comment les allouer. Nous nous présentons comme une alternative à un système politique, social et économique en échec complet, qui ne permet pas à ceux actuellement au pouvoir de faire le nécessaire pour sauver notre planète. Si ça n’est pas politique, alors qu’est-ce?!

Je ne pense pas que le fait que le mouvement de Transition refuse de s’associer avec les partis politiques en fasse un mouvement apolitique. On peut comparer ça aux mouvements autonomistes ou à l’anarchisme communautaire, qui propose de construire un vieux monde dans la coquille du nouveau. Généralement cela fait référence aux processus de créations de structures alternatives et autonomes de démocratie direct, prête à prendre le relais lorsque le vieux monde du capitalisme et ses structures d’état s’effondreront.

testLes buts premiers de la Transition sont environnementaux, mais ils supposent et reposent sur l’idée qu’une « crise » interrompe le vieil ordre économique et permette l’avènement du nouveau monde – celui que crée la Transition – inévitable. Bien sur nous espérons que le processus de changement soit positif et que l’évolution se fasse vers un futur de structures locales « résilientes » qui répondraient à tous nos besoins vitaux, comme la nourriture et l’énergie.

Mais c’est bien là le problème. Les crises économiques, comme nous avons pu le constater ces dernières années, n’entrainent pas nécessairement la chute du système. Les systèmes économiques se réinventent souvent, s’endurcissant, et devenant plus inégalitaires alors que ceux qui contrôlent les politiques fiscales, monétaires, et le secteur bancaire apprennent à gérer ces crises régulières. Et bien que la plupart d’entre nous pensent qu’il en sera autrement pour la crise que provoquera le changement climatique, et que celle-ci entrainera une économie différente sur le long terme, il se peut que cela ne soit pas le cas.

Le mouvement de Transition n’est pas simplement une organisation environnementale visant à permettre à des communautés de traiter notre planète plus justement, c’est aussi un mouvement aux multiples facettes basé sur les principes de la permaculture – « Prendre soin de la Terre, prendre soin des Hommes, et Partager équitablement » – des principes qui englobent nos systèmes économiques et éducatifs, la façon dont nous vivons et nos relations sociales.

Dans plusieurs villes au Royaume-Uni, la Transition a entrainé la création de monnaies locales, dans d’autres des projets d’habitats participatifs, et dans beaucoup, des entreprises et des commerces gérés par des communautés. Il s’agit d’un véritable mouvement, qui met d’ores et déjà en place des structures alternatives qui coexistent avec « l’ancienne économie » et les « anciennes relations sociales ».

Dans la sphère politique, le mouvement des villes en Transition tente de faire du lobbying auprès du gouvernement national pour le pousser à changer, et à mettre en place des projets environnementaux durables. Et, petit à petit, beaucoup d’initiatives de Transition mettent en place des relations avec les conseils et les institutions gouvernementales locales qui peuvent s’avérer être des alliés utiles dans la mise en place et la réalisation et le financement de nos projets. Ces dernières années des membres du mouvement des villes en Transition se sont présenté lors d’élections locales avec en tête de mettre en place des politiques véritablement écologiques.

Alors est-ce qu’il est préférable de continuer ainsi, et peut-être même de s’aligner avec les partis politiques avec qui nous partageons le plus de valeurs, comme les verts? Personnellement, je ne pense pas – une force du mouvement de Transition réside dans son côté apartisan, dans la possibilité de rallier des gens de tous les horizons politique, même ceux qui ne croient plus en la politique mainstream actuelle (sur ce dernier point, je ne crois pas que la réussite soit encore au rendez-vous, mais le potentiel est là!).

permaculture-principes

Mais nous avons besoin, je le pense, d’une discussion claire sur ce que le mouvement de Transition cherche à accomplir. Sommes-nous satisfait du statu quo, d’à peine un peu plus d’écologiquement durable? L’histoire récente nous a démontré que le pouvoir ne disparait pas, ni ne se dissout, et que ceux qui le possèdent ne l’abandonnent pas facilement. Nos structures de gouvernance sont hermétiques aux principes de la démocratie directe, cette dernière ne s’imposant que par la lutte.

Notre modèle économique actuel est basé sur le concept de la croissance infinie, absorbant et détournant tout ce qui le remettrait en cause. Les entreprises et les gouvernements sont peut-être capable d’adopter les modèles de durabilité (énergies renouvelables, agriculture biologique et locale, transports différents, etc.) que le mouvement de Transition développe et préconise, mais pas le système que l’on espère mettre en place dans son ensemble. Il est difficile, par exemple, d’imaginer une « économie du don » qui deviennent centrale et permanente (et pas juste une réaction temporaire à un effondrement économique, ou un simple a-côté de l’économie actuelle) sans que cela ne remette en cause les structures de pouvoirs existantes.

Une partie de ce que le mouvement de Transition suggère et des modèles que nous construisons peut-être absorbée par le système économique actuel. Les parties qui ne le peuvent pas sont très probablement les principes permaculturels: « Prendre soin des gens » et « Partager équitablement ». Afin de remédier à cela, je pense que la Transition nécessite une analyse du pouvoir, et une discussion honnête sur ce que nous pouvons et espérons accomplir.


Article Original: https://www.transitionnetwork.org/blogs/rob-hopkins/2014-06/sara-ayech-why-transition-all-about-politics


Une ville en transition est une ville dans laquelle se déroule une initiative de transition, c’est-à-dire un processus impliquant la communauté et visant à assurer la résilience (capacité à encaisser les crises économiques et/ou écologiques) de la ville face au double défi que représentent le pic pétrolier et le dérèglement climatique.

Ce processus a été développé en 2005 par les étudiants du cours de soutenabilité appliquée de l’université de Kinsale (Irlande) sous la direction de Rob Hopkins, formateur et enseignant en permaculture. La première mise en application a été initiée en 2006 dans la ville de Totnes au Royaume Uni. Depuis, le mouvement est devenu international et compte plus de 460 initiatives officielles.

Rob Hopkins, le fondateur du mouvement des villes en Transition, en fait une présentation très intéressante dans cette vidéo:

Une vidéo extraite du film documentaire de Nils Aguilar « Cultures en transition »:

Et enfin l’excellent documentaire réalisé par le mouvement des villes en Transition, sur quelques-unes des nombreuses initiatives qui fleurissent un peu partout sur le globe en ce moment, sous-titré en Français:


 

Ces dernières lignes n’engagent que moi, qui ai rédigé cet article :

Je pense sincèrement que ce mouvement des villes en Transition – qui est une sorte de regroupement des initiatives citoyennes d’un même quartier, d’un même village, d’une même commune, au sein d’organisations fédératrices, permettant donc plus d’efficacité car plus d’échanges, de liens, de créativité – est une des meilleures (la meilleure ?) initiative qui existe aujourd’hui, en termes de changement systémique, de changement de paradigme, d’écologie donc de durabilité, de résilience, d’humanité aussi, voire de changement de civilisation, qui sait ?

La voie politique « conventionnelle » qu’on nous propose (impose ?) dans nos pays dits développés (à mettre en relation avec l’agriculture « conventionnelle ») est un leurre, un échec, on le constate depuis plus de 50 ans. Cette voie que l’on nous impose depuis notre naissance, ne correspond donc en rien à un choix de notre part, nous n’avons jamais rien choisi, nous subissons et acceptons bon gré mal gré un système préétabli, dont nous percevons, ou pressentons l’effondrement.

Persister avec ce même système de pensée, dont parlait Einstein, reviendrait à reproduire la même chose encore et encore en espérant un résultat différent, ce qui relèverait de la folie… :

« On ne résout pas un problème avec le mode de pensée qui l’a engendré ».

« La folie est de toujours se comporter de la même manière et de s’attendre à un résultat différent ».

Albert Einstein

Le mouvement des villes en Transition propose un autre chemin, que nous pouvons choisir d’emprunter. Il ne se base plus sur la logique du capitalisme actuel, où la vie de l’être humain est régie par les principes de rentabilité économique, de profit immédiat, d’augmentation et d’accumulation de capital, mais autour des principes de résilience, de durabilité, de respect de la planète et de l’être humain, et de partage. Il permet tout ce que ne permet pas la voie conventionnelle, changer son mode de vie, donc sa façon d’être ; il nous propose à tous de redevenir les acteurs de nos vies, en nous réappropriant notre production de nourriture et en lui rendant l’importance qu’elle mérite, en nous réappropriant notre production et notre consommation en énergie, et tous les autres besoins fondamentaux de l’être humain. Il modifie donc notre façon d’interagir avec ceux de notre communauté, de notre quartier, et plus important peut-être notre façon de nous comporter vis-à-vis de notre planète. En relocalisant ces problématiques essentielles, il offre des solutions locales à un désordre global (en référence à l’excellent documentaire de Coline Serreau).


Pour plus d’informations sur le mouvement des villes en Transition:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ville_en_transition

http://villesentransition.net/

http://www.transitionfrance.fr/

 

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