Etude des effets du racisme sur notre cerveau

Une étude parue récemment dans la revue scientifique Psychological Science a été peu médiatisée, et ce malgré sa congruence avec l’actualité.

On fait aisément des suppositions sur l’émergence du racisme chez un individu (rumeurs, événements de la vie, conditionnement de l’environnement social et familial, etc.). Inversement, que sait-on des effets que le racisme provoque sur nous ? En d’autres termes, le fait d’être raciste peut-il avoir un impact sur notre comportement ?
C’est la question que s’est posée le psychologue Carmit Tadmor qui a mesuré l’influence des croyances racistes sur la créativité des individus.

Et pour synthétiser grossièrement, d’après les résultats le racisme provoque fermeture d’esprit, limitant ainsi créativité et intelligence.

L’étude :

Pourquoi faire un rapport entre racisme et créativité ? Carmit Tadmor et ses collaborateurs suggèrent que la mentalité propre au racisme, implique une forme de fermeture d’esprit dont les effets pourraient se ressentir ailleurs, par exemple sur la créativité. Les considérations racistes impliquent notamment de classer les gens par catégories et de penser par stéréotypes.

Leur idée de départ serait donc que, plus quelqu’un adhère aux théories racistes, moins cette personne serait créative. Pour voir s’il y a un réel lien de cause à effet, ils ont effectué plusieurs expériences :

Dans la première, Tadmor et ses collègues ont divisé les participants en 3 groupes, qu’ils ont conditionné à adhérer ou pas aux théories racistes (en leur faisant croire que le racisme était scientifiquement fondé ou pas, par la lecture d’un article scientifique).

1) Lecture de texte raciste / texte invalidant le racisme / texte neutre :

– 1er groupe : étudiants qui lisent un faux article allant dans le sens des théories racistes.

– 2nd groupe :  étudiants qui lisent un véritable article opposé à ces théories.

– 3ème groupe : étudiants qui lisent un article scientifique sur l’eau (groupe contrôle, c-à-d neutre).

Certes, la lecture d’un seul article ne suffit pas pour convaincre un individu. Ceci-dit, certaines croyances – et l’état d’esprit qui va avec – peuvent être expérimentalement activées. C’est pourquoi ici les expérimentateurs ont utilisé la lecture de ces articles.

2) Test de créativité : Après ces lectures, les participants ont ensuite tous été soumis, dans le cadre d’une étude qu’on leur a dit être différente, à un test de créativité appelé le Remote Associates Test (le principe est de trouver quel mot est le point commun entre plusieurs autres termes *). Pour réussir ce test, il faut faire preuve d’un minimum de créativité, trouver les bonnes associations, avoir un peu d’imagination en somme.

3) Mesure de croyance aux théories racistes : Une fois ces exercices terminés, les participants ont dû remplir un questionnaire visant à évaluer leur degré de croyance aux théories racistes afin de pouvoir comparer leurs résultats au test à leur degré de croyance en ces théories.

Résultats : les participants du groupe qui avait lu l’article raciste ont eu des scores moins bons que les autres aux tests sur la créativité (résultats statistiquement significatifs).

 

Comment expliquer que les racistes aient moins bien réussi les tests de créativité ?

Tadmor & al. ont ainsi fait une 2nde expérience avec 2 nouveaux groupes de participants : le 1er était constitué d’américains caucasiens, le 2nd d’américains d’origine asiatique.

1) Lecture : Chacun de ces 2 groupes (caucasiens / origine asiatique) a été soumis au même principe que pendant la première expérience (divisés en 3 : ceux qui lisent un article raciste / ceux qui lisent une étude non raciste / et ceux qui lisent article neutre).

2) Test de créativité : Comme dans la première expérience, ils les ont ensuite soumis à un autre test de créativité. À savoir le problème de Duncker qu’ils devaient résoudre, test qui est une sorte de casse-tête pratique **.

Dernière étape de l’expérience, les participants des 2 groupes (caucasiens / origine asiatique) ont dû remplir plusieurs questionnaires.

3) Mesure de croyance aux théories racistes : Le premier a servi à évaluer leur degré de racisme.

4) Mesure de la fermeture d’esprit : Le second à leur fermeture d’esprit, qui est un concept très précis et mesurable grâce à une échelle mise au point par les psychologues Webster et Kruglanski.

Résultats :

– Dans les 2 groupes, les participants qui ont été conditionnés par la lecture d’un texte approuvant « scientifiquement » les théories racistes ont été moins créatifs que les autres.

– Parallèlement, leur score a été aussi parlant sur l’échelle de la fermeture d’esprit, ce qui tend à indiquer que penser de façon raciste a pour conséquence de façonner la manière dont nous considérons non pas seulement « l’étranger », mais l’ensemble de l’environnement qui nous entoure.

Que nous apprend vraiment cette étude ?

D’une part, que le raisonnement peut être pris à l’inverse : Si le racisme rend crétin dans le sens où il pousse à catégoriser le monde qui nous entoure, c’est aussi en catégorisant, en refusant de voir au-delà du stéréotype qu’on devient raciste.

D’autre part, ce qui est valable pour le racisme l’est certainement pour d’autres comportements qui tendent à user de stéréotypes et à sans cesse catégoriser.

Ainsi, au-delà d’une simple étude comportementale, cette étude nous signifie qu’il faut valoriser la curiosité face à un problème à résoudre. Faire de la curiosité une habitude, rester attentif, penser contre soi, tenter de comprendre quelque chose avec laquelle on n’est pas d’accord, pourrait nous protéger de certaines tendances de notre esprit.

En conclusion, cette recherche ne nous apprend rien de bien nouveau. En revanche, elle demeure utile car certains rappels sont hélas nécessaires lors de périodes où la population est particulièrement fragilisée, donc perméable aux préjugés…

Comment pallier au racisme ?

De nombreuses études montrent que pour rester éveillé, le mieux est de rêvasser, faire du sport ou sortir pour une balade en forêt. Ainsi, tout comme un poumon, le cerveau semble avoir besoin d’air pour ne pas s’étouffer (voire s’intoxiquer ?).

 * Par exemple, à la question : quel mot associer aux termes « ping pong », « manger » et « cartes » ? La bonne réponse serait le mot « table » (table de ping pong, manger à table, cartes sur table).
** à savoir d’essayer à l’aide d’une bougie, d’une boîte d’allumettes et de quelques épingles, d’attacher la bougie à un mur. Cela nécessite de penser ces objets autrement : la boîte d’allumette qui, accrochée au mur à l’aide des épingles, va servir de reposoir à la bougie

 

SOURCES :

C. T. Tadmor, M. M. Chao, Y.-y. Hong, J. T. Polzer. Not Just for Stereotyping Anymore: Racial Essentialism Reduces Domain-General Creativity. Psychological Science, 2012

www.huffingtonpost.fr

www.lesmotivations.net

sciencesetavenir.nouvelobs.com

www.libe.ma

www.pourlascience.fr

 

 

C.B

 

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