La fin des minerais, une réalité qui fait peur.

Dans le monde politique, il y a des choses dont on ne parle jamais, tout simplement, car on ne sait pas par quel bout commencer. L’épuisement des ressources fait partie de ce genre de sujet totalement inabordé par la classe politique. Ils en ont sûrement déjà parlé concernant le pétrole, mais cela n’est rien comparé au sujet des minerais. Car il s’agit bien là d’un sujet brûlant, quand on prend conscience que sa gestion déterminera l’avenir de l’humanité, rien que ça ! On peut alors comprendre l’embarras d’un homme politique devant un tel problème.

En quoi ce sujet est-il si important ?

 Tout simplement, car il s’agit de notre véritable économie. Tous les produits fabriqués et conçus par l’homme utilisent des ressources (bois, minerais, pétrole, gaz), ils sont l’essence même de notre développement. Sans ces ressources, nous n’aurions jamais atteint un tel degré technologique. Pour faire simple sans ces ressources, nous serions restés à l’âge de pierre pour l’éternité. Je vous laisse imaginer ce qui se passera si nous les épuisons toutes.

Donc, il s’agit de l’économie réelle ? Pourtant quand on nous parle d’économie il s’agit bien souvent d’argent.

 Effectivement, l’économie vue par les politiciens et économistes se résume grosso modo à la monnaie, or la monnaie n’a pas de valeur physique, il ne s’agit que d’un moyen d’échange conçu par l’homme pour donner de la valeur aux matières premières, objets manufacturés, services, etc. En réalité, la monnaie elle-même n’a aucune valeur ( un billet de 200 euros ne vaut pas 200 euros à la fabrication, de même pour tous les autres billets), s’ils rajoutaient un zéro sur un billet cela coûterait le même prix à la fabrication, pourtant ils auraient multiplié sa valeur par dix. Ne parlons même pas de l’argent créé informatiquement.

 Les ressources par contre ont une réalité physique et sont indispensables pour la fabrication de nos produits. Nous ne pouvons pas les fabriquer artificiellement pour la plupart et une grande partie de ces ressources sont en quantité limitée sur Terre. C’est pour cette raison qu’il s’agit de l’économie réelle, car elle est fondée sur une réalité physique et quantifiable.

En quantité limitée ? C’est-à-dire qu’il faudrait économiser ces ressources ?

 En effet, il le faudrait… Mais la classe politique, pense qu’il faut les consommer le plus vite possible. Car, selon eux, la quantité de ressources sur Terre n’est pas un problème, le véritable problème c’est la  » dette  » et la  » croissance « .

Or pour maintenir une croissance perpétuelle, il faut avoir des gens qui travaillent, pour qu’ils puissent s’acheter des produits de consommation fabriqués avec des matières premières non renouvelables. Et chaque année, il faut consommer plus que l’année précédente, sinon… c’est la récession… et la récession, c’est pas bien…

Bref, comme vous l’aurez compris, les êtres humains sont pressés. Il faut vite exploiter et consommer les dernières réserves qui nous restent parce que le temps c’est de l’argent et l’argent c’est la vie… Voilà en quelque sorte l’avis des politiciens sur le sujet.

 Mais comme un dessin vaut mieux qu’un long discours, voici deux graphes, l’un montre la croissance théorique rêvée par nos politiciens et l’autre montre les stocks de ressources non renouvelables sur Terre, en prenant évidemment en compte l’exploitation des ressources par les Hommes.

Ces deux graphiques sont fondamentaux à comprendre et ça tombe bien, c’est très simple à comprendre. Il ne faut cependant pas oublier l’essentiel. À savoir que la croissance, pour croître utilise les matières premières, car s’il n’y a pas de matières premières, on ne peut rien fabriquer, donc pas d’entreprises pour concevoir les produits, pas de travail, pas de consommation, etc.

Les matières premières sont avec l’énergie les moteurs essentiels au développement de notre civilisation, sans ces deux paramètres notre civilisation serait restée au silex biface, sans doute cela aurait été plus profitable à notre petite planète…

Comme vous l’aurez sans doute remarqué, il y a un sérieux problème. Soit, nous sommes des abrutis finis, dans ce cas, il faudrait peut-être que l’on revoie notre statut  » d’être intelligent  » ou que l’on redétermine le concept d’intelligence, soit, nous sommes totalement lucides et cette situation est parfaitement bien gérée, normal et nous mènera vers un futur joyeux et durable.

Sérieusement, le système est voué à s’effondrer ?

 Mathématiquement parlant, oui. S’il continue sur ce mode de fonctionnement, il s’effondrera à coup sûr. Et la mauvaise nouvelle c’est qu’il reste peu de temps en réalité pour inverser la tendance, d’autant plus que les gouvernements du monde entier continus de penser que ce système peut continuer ainsi ad vitam æternam.

 Ce qu’il faut comprendre : pour que le monde politique commence à prendre en considération les multiples alertes de la communauté scientifique sur ce sujet, il va falloir qu’ils revoient totalement leurs copies. En d’autres termes, revoir le système dans sa globalité, passer à un autre système que celui basé sur la croissance et la consommation. Ce qui insinue aussi une volonté politique au niveau mondial. Et ça… c’est pas gagné ! On en est tellement loin que c’est même difficilement imaginable. Donc à part un réveil soudain et synchronisé de la part des dirigeants de ce monde, vous risquez d’entendre parler de ce sujet sans doute bien trop tard.

 Pour exemple, le Terbium, qui est utilisé dans les écrans à rayon X, les piles à combustible ou comme substance phosphorescente est épuisé depuis 2012. Qui en a entendu parler ?

Au rythme de consommation actuelle, on prévoit l’épuisement des mines d’argent pour 2022, l’or et le zinc en 2025, le plomb en 2030, le cuivre en 2039, etc.

 Tous les spécialistes soulignent que l’ère des minerais abondants et peu onéreux est à présent définitivement révolue. Seuls une vingtaine de métaux sur 60 couramment utilisés par l’industrie sont recyclés à plus de 50 %, et la plupart des 17 « terres rares », indispensables aux secteurs high-tech (Gallium, Indium, Tellure de sélénium, Lanthane, Néodyme), sont recyclées à moins de 1 % !

 Mais comme je trouve que les images parlent mieux, voici un petit récapitulatif qui en dit long.

 

L’espace, l’avenir de l’humanité ?

 Comme pour chaque problème, des solutions existent. Il s’avère que l’espace regorge d’astéroïdes potentiellement exploitables et riche en minerais que nous pourrions remorquer sur orbite terrestre dans un futur proche.

 Cela parait être de la science-fiction, pourtant depuis 2012, deux compagnies américaines – Planetary Ressources et Deep Space Industries – se sont créées dans le but de développer la technologie nécessaire pour y parvenir. Car elle compte bien envoyer des sondes de reconnaissance pour repérer les astéroïdes intéressants afin de commencer leur exploitation un peu plus tard. Rien que ça !

 On pourrait penser que la démesure de ces projets est égale à l’immensité du problème des ressources. Problème immense = solution immense. C’est exact, mais ne soyons pas naïf, il s’agit surtout d’une affaire extrêmement rentable si les technologies sont maîtrisées.

 Un astéroïde de 6 tonnes de Platine rapportera – avec la valeur d’aujourd’hui – plus de 2,6 milliards d’euros, je vous laisse imaginer sur des cailloux de plusieurs centaines de mètres, voir pour les plus gros de centaines de kilomètres.

Hormis le fait que cette industrie risquerait de devenir extrêmement puissante au vu des incroyables ressources que l’espace nous offre, de la rentabilité que cela pourrait leur procurer et de l’importance capitale des ressources pour le développement de notre société, on pourrait se questionner sur trois questions : comment seront distribuées ces ressources ? A qui ? Et à quel prix ?

Ce nouvel Eldorado risque aussi de relancer la course spatiale que les pays ont abandonnée depuis longtemps, faute de rentabilité. On comprend mieux les enjeux économiques d’une telle exploitation quand on sait que la production mondiale annuelle de minerai de fer est de l’ordre du milliard de tonnes !  Or, un astéroïde d’un diamètre d’un kilomètre peut contenir plus de 2 milliards de tonnes de fer. À titre d’exemple, l’astéroïde Psyché (250 km de diamètre), orbitant entre Mars et Jupiter, contiendrait assez de fer et de nickel pour répondre aux besoins de l’humanité pendant plusieurs siècles !

 Mais ne nous emballons pas trop vite, même si cette solution semble être satisfaisante, en réalité elle ne l’est que partiellement. Effectivement, le problème ne sera pas entièrement résolu, car dans ces astéroïdes, on ne trouve pas tout les minerais qu’il y a sur Terre. Certains ne s’y trouvent pas et devront être exploités sur des planètes comme Mars ou Vénus – Défi très largement supérieur à celui d’extraire des minerais sur des astéroïdes, car l’énergie que l’ont va devoir dépenser pour exploiter sur place et renvoyer tout ça sur Terre sera colossal -, à l’heure d’aujourd’hui cette hypothèse n’est même pas envisagée, tant le défi technique est grand.

Voici quelques minerais dont nous devrions nous passer si nous exploitons toutes les ressources terrestres : terbium, hafnium, argent, antimoine, palladium, or, indium, étain, plomb, tantale, cuivre, uranium. Il y en a d’autres, mais faute de donnés suffisantes je me suis contenu à cette liste.

 Comme vous pouvez le constater, même l’exploitation des astéroïdes ne pourra résoudre entièrement l’énorme problème de la fin des minerais terrestre.

C’est pour cette raison qu’il est nécessaire à l’heure actuelle d’économiser au mieux nos ressources, qu’elles soient renouvelables ou non. Le plus grand défi de l’humanité se trouve dans la gestion intelligente de son économie, ce qui n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui.

 La croissance qui entraîne une surconsommation des pays dits « développés » et « émergents » accélère le problème de manière incontrôlable. Comme dans d’autres problématiques liées à notre développement la solution se trouve dans des nouvelles perspectives d’avenir, plus proches de l’environnement, plus respectueuses du vivant, moins gourmandes en énergie et en ressources, plus proche des intérêts humains et non monétaires. Car le monde de demain ne pourra se construire sur les mêmes schémas que celui d’aujourd’hui.

Stéphane Hairy

Sources:

http://minerals.usgs.gov/minerals/pubs/commodity/

http://www2.cnrs.fr/presse/journal/3744.htm

http://www.interligo.org/index.php/fre/Les-cons%C3%A9quences/L%27%C3%A9puisement-des-ressources-naturelles

http://www.rtflash.fr/asteroides-seront-ils-l-eldorado-xxieme-siecle/article

http://www.ecoinfo.cnrs.fr/article129.html

https://moodle.polymtl.ca/pluginfile.php/84591/mod_page/content/11/Epuisement_Ressources_Minerales_2012.pdf

http://terresacree.org/ressources.htm

16 Commentaires
  1. LOGAN 4 années Il y a

    Article très intéressant… Mais que faire? C’est comme les images choc sur les paquets de cigarettes censé dissuader de fumer. Elles n’interpellent que les non-fumeurs. J’ai comme l’impression qu’à moins d’une révolution violente, qui se fera dans le sang, rien ne changera. Le peuple est endormis comme la grenouille dans son potage… Et ceux qui ont ouverts les yeux, ils ont beaux rouspéter, ils continueront quand même à cuire à petit feu jusqu’à mourir… Pessimiste? Non, réaliste. La nature humaine est ainsi faite. Et je crois que la seule chose qui puisse y remédier, c’est l’extinction de l’espèce. L’a Terre, quand à elle continuera de tourner.

    • jaco 4 années Il y a

      Completement d’accords avec toi Logan

    • MisterG 4 années Il y a

      D’accord avec toi aussi

      • benji 3 années Il y a

        totalement d’accord avec topi
        Alors que faire? le plus possible et à la plus grande échelle possible: acheter localement les aliments et les cuisiner soi-même, prendre la bagnole le moins possible et opter pour les transports en commun ou mieux le vélo, boycotter les grandes marques qui en fait ne sont pas dignes de confiance contrairement à ce que dit la pub, rechercher l’indépendance financière, énergétique et alimentaire, voire vivre sans avoir besoin d’argent….
        Le but final serait de parvenir à non pas la « décroissance économique » mais la croissance raisonnée ou partagée car en terme de ressources et de réserves monnaies l’économie fonctionne comme des vases communicants.
        C’est très difficile voire même utopiste, c’est pour ça qu’on doit s’y mettre

  2. stouf 4 années Il y a

    Tu me semble bien pessimiste Logan. Dans tout les cas, il semble quand même nécessaire d’avertir les gens, même si ça prend du temps, même si peu de gens s’y intéressent. C’est toujours mieux que de ne rien faire.

  3. Kxxx 4 années Il y a

    Je pense également qu’une révolution sera nécessaire tant nos institutions semblent persuadées que leur gestion économique ( totalement décorelé de la réalité écologique) revêt d’une quelconque pertinence, or cet article montre bien que la gestion actuelle & court-termiste des ressources amènera plus de problèmes qu’elle n’en résoudra.
    La mise en avant des solutions alternatives et le partage de l’information permettra j’espère la mise en place de mouvements citoyens qui seront tellement important qu’une révolution pacifiste pourra avoir lieux … bien qu’utopiste c’est cette solution qu’il faut viser.

  4. M. Chimiste des matériaux 4 années Il y a

    On va faire comme on pourra: consommer moins. Ce n’est pas un gros problème: on n’aura utilisé la plupart de ces métaux que pendant 150 ans. Des technologies à base de carbone (du bois au graphite, en passant par les plastiques) prendront la relève, en moins efficace et plus cher pour la plupart.
    C’est un petit problème anthropocentriste, contrairement au réchauffement climatique.

  5. Jo 4 années Il y a

    A Mr Logan.

    La nature humaine n’existe pas. Nous sommes la résultante de notre environnement. Si des gens mentent c’est parce que c’est efficace. Si des gens vole c’est parce que c’est efficace.

    Ont est pas mauvais par nature. au contraire. Cite moi ne serais qu’un exemple de bébé (pré 2ans) au comportement agressif. Ça apparait plus tard avec la compréhension des horreur que racontent les adultes et des mensonges de la télévision…

  6. Alexis 4 années Il y a

    Perso, je serai très intéressé de savoir où en sont les réserves de Coltan ? Très présent dans les portables.

    De très bon reportages existe sur le sujet, le plus connu (et sans doute le meilleur à mon sens) c’est celui qui se nomme « Du sang dans nos portable » : http://www.youtube.com/watch?v=h-FVnuhpHpg

    Si quelqu’un (l’auteur de l’article ?) a des réponses au sujet des réserves de Coltan mondiales encore disponibles je suis preneur !

    Merci d’avance
    =D

  7. stouf 4 années Il y a

    Le coltan sert à produire du Tantale, il est donc à rapprocher avec l’épuisement du Tantale.

    • Alexis 4 années Il y a

      Merci pour ta réponse Stouf ! =]

      Donc en 2038, plus de Smartphone (Ou certainement après le temps que l’impact de son absence arrive jusqu’à nous) ! Gniark ! ^^

  8. philitalia 4 années Il y a

    un systeme base sur une croissance est purement heretique et stupide , un cours de math basique sur la fonction exponentielle serait a faire pour tous nos politiques …. la croissance actuelle etant base sur un %

  9. jaco 4 années Il y a

    Le monde de demain est un vaste champ de ruines

  10. […] La fin des minerais, une réalité qui fait peur, par Stéphane Hairy sur le site Le 4ème singe : […]

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