Mozambique, la malédiction du charbon.

Je vous propose ici le résumé d’un article lu dans le n°1187-1188-1189 de Courrier international. Son auteur est Rowan Moore Gerety pour la revue en ligne américaine Guernica. Il n’est malheureusement disponible en ligne que pour les abonnés de Courrier international et il me paraît indispensable d’en partager avec vous son contenu.

 

Mozambique. A Moatize, la malédiction du charbon.

 

En 2008, des géologues font une incroyable découverte au Mozambique. Dans le sous-sol de Moatize dans la province de Tete, ils estiment que 23 milliards de tonnes de charbon seraient disponibles (de quoi faire fonctionner toutes les centrales à charbon des Etats-Unis pendant 25 ans). Imaginez un peu ce que cela représente dans un monde où la demande en ressources ne cesse d’exploser notamment sous l’impulsion des économies chinoises et indiennes.

Il est important de rappeler que le charbon constitue une énergie fossile épuisable et qu’il est le combustible principal servant à produire de l’électricité à travers le monde. De ce fait, son exploitation est responsable de la majeure partie des rejets polluants (gaz à effet de serre) dans l’atmosphère.

Une fois cela dit, revenons au propos de l’article qui se penche en particulier sur les conséquences de la découverte et de l’exploitation de cet énorme gisement sur les populations locales. Et celles-ci, une fois de plus, sont caractéristiques de ce que le continent africain subit depuis des siècles : un véritable pillage sans aucun scrupule.

Mais voyons plus précisément comment ce pillage s’organise. Il peut se faire, bien évidemment, du fait de l’énorme écart de moyens qui existe entre les entreprises exploitantes et les États sur lesquels se trouvent les ressources.

Dans notre cas du Mozambique, le géant minier brésilien Vale do Rio Doce et la société australienne Riversdale ont obtenu la location de concessions dans la région. Et ce, bien évidemment, avec des conditions extrêmement avantageuses d’un point de vue fiscal. Cela afin d’attirer un maximum d’investisseurs étrangers qui contribueront ensuite à la « croissance » de l’économie du pays. Je met volontairement des guillemets autour du mot croissance car vous vous doutez bien que les populations locales ne bénéficient, en définitive, que d’une infime partie des profits engrangés du fait de l’exploitation des ressources locales. Ce qui est terrible, c’est que même sans ses avantages fiscaux, ces entreprises étrangères seraient de toute façon venues exploiter ces gisements. Il est bien évident, et cela est confirmé par la totalité des habitants à qui le journaliste a pu parler, que le président du Mozambique, M. Guebuza, « touche une commission de Vale » (l’entreprise minière brésilienne). La corruption bat son plein et ce en toute impunité.

Pour mettre en perspective cette exploitation du pays, l’auteur de l’article s’appuie sur quelques chiffres édifiants. Un économiste mozambicain, Carlos Nunes Castel-Branco, a calculé que « moins de 5 % des profits générés par les investissements directs étrangers étaient réinvestis au Mozambique ». De plus, d’après le cabinet d’audit Ernst & Young, les investissements directs étrangers au Mozambique, estimés à plus de 7 milliards de dollars en 2012, n’ont créé que 8 000 emplois (soit 1 million de dollars par poste), alors que chaque année plus de 300 000 jeunes Mozambicains entrent sur le marché du travail.

Pour clore le chapitre, la revue britannique The Economist a dressé la liste des dix économies du monde dont la croissance a été la plus rapide au cours de la décennie 2000-2010. On y retrouve le Mozambique ainsi qu’un certain nombre d’autres pays africains exportateurs de pétrole comme l’Angola ou le Nigeria. Et une étude de la Banque mondiale datant d’octobre 2012 argue que ces pays exportateurs de matières premières étaient les pires en « termes de stabilité politique, de corruption, de responsabilité et d’État de droit ». On comprend mieux pourquoi il est aussi simple pour des multinationales étrangères de venir en toute impunité exploiter les ressources présentes.

Mais la corruption et le dogme de la croissance ne constituent pas les seules raisons de cette exploitation. Le journaliste est allé à la rencontre de Lagos Correia, ingénieur en chef de la section des ressources minérales et de l’Énergie de la province de Tete. Et celui-ci met en avant le manque de moyens criants dont bénéficie son service pour exercer un contrôle efficace sur la situation. Ainsi, le gouvernement du Mozambique est simplement incapable (du fait de problèmes organisationnels et d’un manque de personnels formés et compétents) de vérifier le montant des profits que les entreprises exploitantes déclarent. Et il faudrait pourtant que ces profits soient convenablement déclarés et que les taxes en découlant soient bien payés pour qu’un pays comme le Mozambique puisse bénéficier de ces profits pour investir dans d’autres secteurs vitaux comme l’éducation, la santé etc… Plus grave, le gouvernement du Mozambique n’a aucun moyen de vérifier la quantité des minéraux présents dans les concessions qu’il loue, il n’a ainsi en sa possession que les données que les sociétés privées lui fournissent.
Rappelons également qu’une société comme Vale, qui emploie près de 200 000 personnes à travers le monde, génère à elle seule l’équivalent de quatre fois le budget de l’État du Mozambique en une année. Elle peut donc très facilement recruter, former et rémunérer des employés qui représenteront avant tout ses intérêts.

Une fois cette mise en perspective effectuée, concentrons-nous désormais sur la façon concrète dont les populations déplacées (du fait de l’exploitation minière) ont été traitées.

Ainsi, les autorités locales ont garanti aux chefs de village que les familles déplacées seraient relogées dans de meilleures conditions, dans des casas melhoradas (maisons améliorées), avec des fondations en béton, l’électricité et l’eau courante. De plus, les mines créeraient de l’emploi et les retombées financières permettraient d’investir dans la construction d’écoles et d’hôpitaux. Ceci est bien évidemment de la poudre aux yeux. Le premier problème provient du fait que les milliers de personnes déplacées ont été installées à 40 kilomètres de leur ville d’origine, dans une zone aride. Avant, ces familles pouvaient vivre d’une activité agricole viable du fait de terres fertiles jouxtant une rivière. La société brésilienne Vale n’a clairement pas tenu ses engagements. Les 2 000 dollars offerts à chaque famille ont été dépensés dès la première année, notamment en nourriture. Les 2 hectares cultivables promis à chaque famille se sont en réalité transformés en 1 hectare de terres de piètre qualité. Un réservoir d’eau en béton avait également été promis et n’a jamais vu le jour. De ce fait, les habitants dépendent de réservoirs en plastique qui fonctionnent à l’électricité et comme les coupures de courant sont fréquentes, les gens n’ont pas toujours accès à l’eau.

Bref, la liste est longue et a provoqué un mécontentement global qui s’est transformé en véritable mouvement de contestation. En janvier 2012, 500 personnes se sont rassemblées au bord de la voie ferrée reliant Moatize aux ports de l’océan indien, bloquant le passage et menaçant de détruire les trains de passage. Aujourd’hui, la situation est de plus en plus compliquée et tout le monde est perdant. Les habitants déplacés vivent moins bien qu’avant l’arrivée des entreprises étrangères et ces mêmes entreprises ne parviennent pas à extraire et à exporter les quantités de charbon prévues du fait des blocages réguliers des habitants et d’une série de problèmes techniques. Bref, un immense gâchis écologique et humain est en cours. Et celui-ci ne constitue qu’un exemple parmi tant d’autres.

T.D

 

Sources :
Courrier international, n°1187-1188-1189, 1er au 21 août 2013

1 Commentaire
  1. Homepage 2 années Il y a

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