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Qu’est-ce que l’instruction en famille ?

L’équipe du 4ème singe est parti à la rencontre de Mélissa Plavis, mère de quatre enfants (Liam, Lissandro, Alawn et Elyssan) pour nous parler d’instruction en famille, un mode d’instruction qu’elle pratique depuis plusieurs années. Elle nous expliquera tout l’intérêt que cela comporte par rapport à l’instruction classique (l’école).
Si vous ne connaissez pas cette méthode d’instruction, nous vous conseillons vivement de lire cette interview très intéressante. Commençons par le commencement !

 

Qu’est-ce que l’instruction en famille ?

Il s’agit en fait d’un mode d’instruction sans école ni enseignement dirigé (à moins que celui-ci soit choisi par l’enfant) privilégiant les apprentissages auto-gérés et présupposant que les apprentissages informels ont une place importante dans l’instruction et l’éducation.

Il s’agit en fait d’un mode d’instruction alternatif à celui que tout le monde connaît: l’école. L’instruction en famille consiste à ne pas scolariser ses enfants. En effet on entend souvent que l’école est obligatoire de 6 à 16 ans, or c’est faux, c’est l’instruction qui l’est. Une famille peut donc légalement faire le choix de ne pas scolariser ses enfants et de s’organiser autrement sous certaines conditions de déclaration.
Il existe autant de façon de pratiquer l’instruction en famille que de familles non-scolarisantes :
-on peut prendre des cours par correspondance. Il existe différents organismes d’enseignement à distance.
-on peut faire « la classe » à ses enfants ou donner cette responsabilité à quelqu’un d’autre.
-on peut appliquer différentes pédagogies alternatives telles que la pédagogie Montessori, Steiner, Freinet, etc…
-la suivante est celle que je préfère et que je pratique: laisser son enfant libre de faire son chemin et de s’instruire selon ses centres d’intérêts en décidant de le soutenir et l’accompagner. Cela demande de faire confiance à son enfant. J’aurais envie de dire qu’il s’agit en fait presque de pédagogie Freinet mais hors de l’école.  

J’ai choisi ce mode d’instruction pour mes enfants qu’on appelle aussi parfois « unschooling » qui est une version du « homeschooling ». Il s’agit en fait d’un mode d’instruction sans école ni enseignement dirigé (à moins que celui-ci soit choisi par l’enfant) privilégiant les apprentissages auto-gérés et présupposant que les apprentissages informels ont une place importante dans l’instruction et l’éducation.

L’application de cette instruction est-elle légale vis-à-vis de la loi et comment procède-t-on pour pouvoir la mettre en oeuvre ?

 

L’instruction en famille est un droit légal, nous devons déclarer le choix d’instruire son ou ses enfants en famille à la mairie et à l’inspection d’académie et ce tous les ans de 6 à 16 ans. Il n’est donc pas soumis à autorisation. Toutes les familles peuvent faire ce choix.

Article L.131-2 du Code de l’éducation
L’instruction obligatoire peut être donnée soit dans les établissements ou écoles publics ou privés, soit dans les familles par les parents, ou l’un d’entre eux, ou toute personne de leur choix.

Article L.131-5 du Code de l’éducation, alinéas 1, 2 et 3
Les personnes responsables d’un enfant soumis à l’obligation scolaire définie à l’article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d’enseignement public ou privé, ou bien déclarer au maire et à l’inspecteur d’académie, directeur des services départementaux de l’éducation nationale, qu’elles lui feront donner l’instruction dans la famille. Dans ce cas, il est exigé une déclaration annuelle.
 Les mêmes formalités doivent être accomplies dans les huit jours qui suivent tout changement de résidence ou de choix d’instruction. 
La présente obligation s’applique à compter de la rentrée scolaire de l’année civile où l’enfant atteint l’âge de six ans.

L’enquête de la mairie est menée « uniquement aux fins d’établir quelles sont les raisons alléguées par les personnes responsables, et s’il leur est donné une instruction dans la mesure compatible avec leur état de santé et les conditions de vie de la famille ». Elle doit intervenir dès la première année de la période d’instruction dans la famille et être renouvelée tous les deux ans, jusqu’à l’âge de seize ans. Elle ne porte pas sur la qualité de l’instruction, dont la validation est de la compétence du ministère chargé de l’éducation nationale.
L’inspecteur de circonscription, doit donc, de son côté et chaque année, vérifier que l’instruction est donnée. Les familles ne doivent pas nécessairement suivre le programme de l’éducation nationale, la seule obligation est la progression de l’enfant d’année en année et l’acquisition à 16 ans du socle commun.

 

Est-il nécessaire d’avoir une formation particulière pour pouvoir l’exercer ?

Si je crois qu’on apprend à lire en lisant, je crois aussi qu’on apprend de nouveaux modes de vie en les vivant.

Non, tous les parents sont en droit de faire le choix de ne pas scolariser son ou ses enfants (ou de les déscolariser). En plus d’être un droit, je suis convaincue que cela est possible même pour des parents ayant un niveau scolaire peu important car les enfants apprennent de leur environnement et des personnes les entourant. Il suffit dès lors de proposer un environnement riche qui permette à l’enfant de faire ses propres découvertes.
De plus il est tout à fait possible d’apprendre en même temps que son enfant ce qui permet une nouvelle relation à son enfant, plus horizontale que verticale, et qui peut permettre de merveilleuses découvertes communes.
Il y a une citation de Jacotot que j’adore: « L’instruction c’est comme la liberté, ça ne se donne pas, ça se prend« .
Un philosophe, Jacques Rancière, lui rend un grand hommage dans un livre que j’ai beaucoup aimé: Le maître ignorant. Cet ouvrage parle d’apprentissage autonome et d’émancipation intellectuelle. Il m’a procuré beaucoup de joie et d’espoir.

Pourquoi as tu fait ce choix d’instruction pour tes enfants ?

J’ai fait le choix de ce mode d’instruction pour des raisons à la fois pédagogique, philosophique et je dirai même écologique.
D’abord depuis que mes premiers enfants, des jumeaux, sont tous petits je me suis interogée quant à la pertinence de l’école aujourd’hui. J’ai fait le tour de nombreuses écoles alternatives: lectures, portes ouvertes, conférences. J’ai finalement scolarisé mes jumeaux à l’école de quartier mais ça n’a duré que très peu de temps car ce qui se passait ne me plaisait pas du tout et était en total désaccord avec mes convictions.
C’est le soutien de mon mari qui m’a finalement permis de me dire que si je n’étais pas satisfaite je pouvais les retirer de l’école. Je pense qu’au début, ce choix était trop difficile pour moi à prendre du fait de la pression sociale. Le soutien de mon mari fût libérateur.
Et puis l’expérience de la non-scolarisation m’a confortée dans mon choix. J’ai continué à échanger à ce sujet, à lire encore et encore. Je suis tellement passionnée que j’ai entamé des recherches universitaires à ce sujet (à mon niveau bien sûr mais je compte continuer pour partager cette merveilleuse expérience).
De plus, je crois qu’il n’est pas possible de ne pas apprendre, c’est-à-dire que tous les enfants apprennent d’eux-mêmes, de leur milieu et des gens qui les entourent. Or, à l’école, le lieu est unique et l’institutrice ou l’instituteur également alors qu’hors de l’école c’est toute la société qui s’ouvre à nous! (si bien sûr on ne s’enferme pas à la maison mais c’est rarement le cas des familles IEF). Je pense que forcer un enfant à suivre un rythme défini ne lui permet pas de garder le sien propre. Je pense que lorsqu’on accapare tout le temps de pensée d’un enfant en lui assénant des informations il n’a plus le temps de penser par lui-même et de s’approprier ce qu’il voit, ni de s’intéresser à quoi que ce soit. L’enfant risque de ne plus chercher, de ne plus s’étonner, de ne plus s’intriguer. En un mot, il perd comme son envie d’apprendre et d’évoluer encore et encore. André Stern dirait qu’il perd son enthousiasme. Si on prend la responsabilité pour lui de son instruction alors il nous la laisse et ne s’y implique plus.

 

Quels sont les avantages par rapport à l’instruction classique ?

Pour ce que j’en pense il n’est pas question d’avantages ou d’inconvénients. L’école n’est décidément plus une option pour moi. L’école, sous couvert d’intentions pédagogiques est toujours et avant tout le relais d’intentions politiques.
L’école est l’institution principale du système dans lequel nous vivons. Contrairement à ce qu’il est d’usage de penser, aucune éducation n’est neutre, et encore moins celle proposée par l’école. Il ne s’agit pas pour l’école de transmettre des savoirs de manières neutres et objectives. Au contraire, la pédagogie traditionnelle qui y est appliquée, les contenus et programmes associés ainsi que sa structure, sa forme, engendre une pensée unique, formate les élèves pour devenir ce que le système souhaite qu’ils deviennent: les consommateurs et producteurs de demain.
Je vous suggère de voir cette vidéo de 15 minutes qui pourrait vous faire perdre de vue la question que vous aviez posée car elle n’aurait plus lieu d’être. Dans cette vidéo, on comprend à quoi sert l’école, et alors il n’est plus nécessaire de chercher des avantages à la déscolarisation.

Neurobiologie et éducation: conférence du Prof Dt Gerard Hüther:


Et j’ajoute également celle-ci:
Du paradigme de l’éducation, traduction par le CREA-Apprendre la vie.

 

Existe t-il des structures ou associations aidant les parents à débuter ce genre d’instruction ?

Il existe à la fois des associations nationales mais aussi des réseaux de familles.
Par exemple la mailing liste Paris – Ile de France compte environs 300 familles et les listes se déclinent ensuite plus localement pour permettre de nombreuses rencontres. Les nouvelles familles, ou les familles pensant à la non-scolarisation ou à la déscolarisation peuvent rencontrer d’autres familles pour en discuter, ou même pour expérimenter le rythme des « non-sco » comme nous nous appelons. C’est par exemple possible pendant les vacances scolaires. Le plus dur est de sauter le pas mais une fois « dedans » on apprend beaucoup chaque jour de nos différentes expériences avec nos enfants.

 

Quels seraient les conseils que tu donnerais aux parents voulant commencer cette manière d’instruire ?

De se lancer, car c’est en expérimentant qu’on devient expert: ce qui est vrai pour l’enfant l’est aussi pour l’adulte. Si je crois qu’on apprend à lire en lisant, je crois aussi qu’on apprend de nouveaux modes de vie en les vivant.

Y a-t-il des livres ou documentaires de référence sur le sujet que tu conseillerais aux parents voulant obtenir plus de renseignements sur l’instruction en famille ?

Oh oui, j’aime tellement lire que j’ai beaucoup de lecture à vous proposer! Et il y a aussi quelques films ou vidéos qui sont très intéressants et enrichissants!

Pour les livres:

-Un superbe témoignage d’un adulte n’ayant jamais été scolarisé et qui est devenu un papa non-scolarisant: STERN, André, …Et je ne suis jamais allé à l’écoleActes Sud, Domaine du possible, 2011.

-Un tout petit livre qui se lit très facilement et qui explique de manière claire, précise et concise ce que sont les apprentissages informels. Une lecture qui peut à la fois permettre une découverte de ce type de façon de fonctionner ou pour poser des mots sur une pratique déjà existante, pour aider à l’expliquer à son inspecteur par exemple (comme le titre l’indique, je n’invente rien), ou à toute autre personne qui se pose des questions et qui n’est pas forcément favorable à ce mode d’instruction. RENAU, Claudia, L’apprentissage informel expliqué à mon inspecteur, Éditions l’Instant Présent, 2012

-Une lecture plus philosophique mais que j’aime par dessus tout puisqu’il y existe selon moi un lien entre éducation et écologie, hors il se trouve que c’est aussi un de mes sujets favoris sur lequel je travaille en philosophie..
ILLICH, Ivan, Une société sans école, Points essais n°117, 2003

-Le livre incontournable de John Holt, universitaire proposant, plutôt que des écoles alternatives, des alternatives à l’école:
HOLT, John, Apprendre sans l’école, Des ressources pour agir et s’instruire, Éditions l’Instant Présent, 2012

-Un livre dont je n’ai entendu que du bien et qui est sur ma liste de lecture: une bonne synthèse pour aborder l’Instruction en famille au début:
DIEN, Charlotte, Instruire en famille, Rue de l’échiquier, Collection Vivre au XXIe siècle, 2013

Pour les vidéos:

Je conseille le visionnage de L’éducation interdite, que le 4ème singe pourrait d’ailleurs avoir sur son site puisque c’est un film libre et à disposition de tou-te-s! Ce documentaire est absolument fantastique de mon point de vue. Il permet de porter un nouveau regard sur la relation à l’enfant et notamment relativement à son instruction. Cela dit il n’est pas particulièrement question d’IEF (Instruction En Famille) mais plutôt d’alternatives à l’instruction publique, classique. Ce sont des témoignages de différents acteurs du monde de l’éducation.
La education prohibida. L’éducation interdite. Un film de Gonzalo de Castro.
http://www.educacionprohibida.com

Ensuite vous pouvez aussi regarder les vidéos disponibles en ligne de Jean-Pierre Lepri, ancien inspecteur de l’éducation nationale, et/ou celles d’André Stern, ce dernier étant un papa non-scolarisé et non-scolarisant, relatant de manière très éclairante ses différentes expériences. Par exemple:
Extraits d’une conférence d’André Stern à l’Université de Zürich, ZKM, 01/09/2010 

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=FwhY1Ws-eQ0

Sinon j’attends avec impatience la sortie du film Être et devenir de Clara Bellar.
http://www.etreetdevenir.com/
La bande annonce: http://vimeo.com/44097977

Mélissa propose par ailleurs de permettre des réponses à cette article pour les personnes souhaitant lui envoyer un mail. De cette manière elle pourra répondre aux différentes questions ou suggestions par le biais d’articles futures avec les réponses aux réactions dans un esprit d’éclaircissement et d’ouverture au dialogue. Voici son mail : melissa.plavis@gmail.com

L’équipe du 4ème singe remercie Mélissa Plavis, pour le temps qu’elle nous a légué sur cette interview. En espérant avoir éclairé votre lanterne sur ce qu’est l’instruction en famille.

 

Stéphane Hairy

6 Commentaires
  1. Bernaeliz 4 années Il y a

    Bravo à Mélissa et sa famille pour ce choix de vie assumé, synonyme de bonheur d’apprendre, B

  2. kxxx 4 années Il y a

    Merci Mélissa pour toutes ces informations 🙂 !

  3. Nguila esaie 4 années Il y a

    A l’école on bourre l’enfant de certaines matières qui ne lui serviront même pas dans l’exercice de ses fonctions et dans lesquelles il est obligé d’avoir une bonne note.A quoi ça sert d’apprendre de l’astronomie pour un boulanger par exemple?

  4. Julia Rivière 4 années Il y a

    Bravo Melissa pour ton engagement social. Il est à la hauteur de tes convictions. Il est d’autant plus précieux dans cette société qui nous dévore.

  5. dialogues 4 années Il y a

    article et temoignage…. bien sympathique….

    mais pour moi bien trop de blabla et de servilité (perdre trop de son temps a raconter les prescriptions de tel ou tel texte…)

    nous avions fait bcp plus simple (maintenant on en est plutot a grand parents!)
    pas d’instruction /education/ toussa pour nos enfants des que (alors profs!!) ns avions pris conscience de cees formes de violences coloniales a l’egard de nos enfants…
    (merci catherine baker (« insoumission a l’ecole » barrault puis tahin-party editeurs, « les chahiers au feu » barrault) et christiane rochefort (l’auteure cultissime de « les enfants d’abord ») ‘jettez un oeila leurs articles dans WP…
    et merci a toutes le famlmles et groupes qui nous ont precedés / accompagnés..
    .
    donc oui unschooling… enfin du vrai, les resultats sont la enfants pas « cassés » pollués par tout notre fratras de flippés/angoissés… enfants (maintenant adultes!) géniaux…

    donc balancer juste toutes ces saloperies d’instruction/ensAignements/foramtages /educatifs…
    laissez crever tous ces « pedAphiles »e, co,curence de bourreaux avec ceux honnis qui eux on un « o » a la place du « a »..
    ou conclusions de ces experiences de toute une longue vie…
    laisser vos gosses tranquilles…
    vivre (avec eux bien sur, sans jamais les exclure/discriminer pur cause « d’age »…
    donc sans agisme, une bonne qualité de vie pour vous… ouverture et efficacité ds les formes d’organisatios sociale…
    et hop gosse pas cassés, encore plus merveilleux que les pauvres rebelles ou formattés jeune cadre/robotifiés…

    vivre ensemble et non eduquer…
    et ca, ca marche!

    ———-
    de plus pour les malades et tox de « l’apprentissage »… les stréssés: les pas bouzillés ont vraiment plein d’aptitudes, de connaissances, de savoirs… que pourtant on a l’impression de ne jamais les leur avoir transmis!!
    .

  6. Céair 3 années Il y a

    Chouettes références !
    Merci Melissa, c’est passionnant.
    > laisser son enfant libre de faire son chemin et de s’instruire selon ses centres d’intérêts
    >en décidant de le soutenir et l’accompagner. Cela demande de faire confiance à son enfant.
    > J’aurais envie de dire qu’il s’agit en fait presque de pédagogie Freinet mais hors de l’école.

    un réseau d’enseignants du primaire le mettent en place depuis plusieurs années (30 ans pour l’initiateur), autour de Bernard Collot, qui a écrit des choses passionnantes sur cette école du 3e type (par exemple ses Chroniques d’une école du 3e type). Son blog est très intéressant aussi : http://education3.canalblog.com

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