Rougir comme tomate au soleil

Le journal télé de TF1 ne nous le répètera jamais assez, en hiver il fait froid, en été il fait chaud. Oui, la planète est sujette à un phénomène de saisonnalités en raison de sa rotation autour du soleil. À l’instar d’une toupie, une certaine inclinaison rapprochera un hémisphère du soleil tandis que l’autre en sera plus éloigné. Cela s’inverse au cours du cycle de rotation de la Terre autour du soleil, ce qui impacte les conditions générales de températures et d’humidité.

Tout comme nous, qui devons-nous couvrir pendant l’hiver, la faune et la flore sont également soumises aux aléas climatiques. Au cours d’une infinité d’évolutions génétiques, chaque espèce a su développer divers traits d’adaptation et de réponse. La tomate par exemple, comme beaucoup de fruits d’été est gorgée d’eau et ne fournit par nature bien moins d’énergie pour affronter le froid en janvier, que les legumes d’hiver comme les courges qui nous fournissent de quoi nous protéger.

Les plantes peuvent être annuelles ou pérennes. C’est-à-dire que leur cycle de vie s’inscrit soit en termes de mois – elles ne vivent qu’une seule saison puis meurent – ou bien en termes d’années – une génération se développera et adaptera son comportement face aux changements de saisons.  Ainsi, un plant de tomate meurt à l’hiver, tandis que le fraisier se repose ; le poireau lui résiste aux gelées alors que la vigne ne peut se passer du soleil. Pourtant, dans le sandwich parisien, il y aura toute l’année des tomates. Ceci est, par définition, contre nature ; mais personne ne le relève. Alors, pourquoi est-il important de manger de saison ?

En 2 générations, la quantité de fruits et légumes frais consommés par personne a été divisée par 4. Lorsque nous consommons des produits frais, du fait de l’abstraction des saisons, nous nous retrouvons avec une gamme de produits sélectionnés qui remplit les rayons de janvier à décembre. Nous retrouvons là les fruits et légumes les plus demandés selon des statistiques d’étude de marché déterminant notre consommation. Cette sélection exclut ainsi les produits les moins compétitifs parmi lesquels on trouve les moches, les sensibles au transport, les moins demandeurs en pesticides, etc…

Alors, manger de saison, je vous l’accorde, peut devenir une véritable mission si on fait ses courses au supermarché et que l’on se contente donc de cette mince sélection offerte à nos babines. En revanche, les marchés, ventes à la ferme, Amap, BioCoop et autres surfaces de commercialisation alimentaire alternatives offrent un bien plus large choix. Il suffit de comprendre qu’une saison implique une variabilité, et que la variabilité implique la diversité. Il s’agit de curiosité gustative et de créativité culinaire !

Un légume de saison est un légume qui est consommé lorsqu’il est arrivé naturellement à maturité. La qualification de saison est donc indépendante du mode de culture (biologique ou conventionnel) même si généralement les deux valeurs vont de pair. Toutefois, consommer des haricots verts BIO du Kenya en hiver n’a pas plus de sens que de manger des Kiwi de Nouvelle-Zélande. Scientifiquement, manger local se mesure en termes de Food Miles : au-delà de 500 km séparant la production et la consommation, le produit n’est plus considère comme local. Consommer de saison implique donc consommer principalement local. Il va de soi qu’une banane cueillie en République dominicaine qui finit de murir pendant le transport ne développe pas les mêmes nutriments qu’une banane fraichement tombée à terre. En effet, la banane pour arriver un mois plus tard dans nos supermarchés mûre, doit être récoltée prématurément. Les produits issus de ce genre de culture au même titre que les cultures hors-sol ou sous serre sont ainsi dépourvus des nutriments et antioxydants dont ils sont naturellement riches. En consommant dans votre région, la plupart des produits seront vendus avant les trois jours suivant la récolte et vous fournissent tous les éléments dont votre organisme a besoin. Par ailleurs, les bocaux de nos grands-mères sont d’excellents moyens de conservation. De plus, les gouts sont incomparables !

D’autre part, qui dit local dit moins cher, et moins polluant. Avant d’être mangé, un kilo d’ananas du Ghana aura engendré près de 5 kg de CO2. Mais ils sont également moins traités. Il existe des produits qui font chimiquement rougir les tomates (i.e. l’éthylène, hydrocarbure insaturé). Dans le sens littéral du terme : la tomate verte devient rouge le lendemain et est ainsi prête à la vente, ni vu ni connu ! Mais appliquer l’économie de flux tendus à l’agriculture est un oxymore, un non-sens. L’économie qui existe derrière le marché mondial de l’agroalimentaire est énorme. Elle engendre des traitements et des conditions d’exploitation qui détruisent l’environnement. Je ne parle pas seulement des émissions de CO2, je parle de la déforestation, je parle d’épuisement du sol, d’extinctions massives et d’une biodiversité au plus bas. Les plantes aux vertus de couvert hivernal font l’objet de nombreuses études et montrent à quel point le respect de la polyculture et de la diversité sont essentielles pour la pérennité du sol, donc des produits, donc de notre santé.

Consommer de saison véhicule donc ces idées-là. Est-ce vraiment une privation si terrible que de respecter les cycles terrestres ? Les conséquences de nos caprices ne sont-elles pas disproportionnées ?  Consommer de saison fait partie et ne doit faire qu’un avec les réflexions sur le bio, le local, et la souveraineté alimentaire. Consommer de saison incarne cette inclination humble que nous devons faire aux cycles mêmes qui nous ont créés.  Cela signifie aussi y prendre du plaisir à l’achat comme en cuisine. Cela signifie une abondance qualitative et non plus uniquement quantitative. Remettons en question ces vérités intégrées, prédéfinies au profit d’intérêts et au détriment de tant d’aspects de nos vies. Nous le repeterons jamais assez, le changement commence par la remise en question, le changement commence par notre consommation. Réapprenons à patienter, et à consommer bon; c’est tellement meilleur.

Retrouvez ici le calendrier des fruits et legumes de saisons.

2 Commentaires
  1. […] No comments […]

  2. Julie 1 année Il y a

    Belle plume 🙂 alors sur le fond je suis d’accord. Cependant. Biocoop et Amap c’est aussi du marketing. Et ils n’en oublient pas leurs marges… Par ailleurs cela veut aussi dire zapper complètement certains aliments car de la banane de France j’en ai jamais vu ! Bon c’est pas moi que cela va déranger le plus mais bon… Par ailleurs dans certaines familles où le légume et le fruit est absent on peut se dire que manger une tomate en hiver ou un choux en été c’est déjà le début d’une alimentation meilleure que pizza, bâtonnets de poisson et autres. Tout ceci est à mettre en perspective de la réalité économique des familles qui soyons clairs dans 90% des cas ne permet pas d’aller à Biocoop, au marché le dimanche, profiter des services de la ruche qui dit oui, … C’est un dur équilibre entre le respect de la nature et la réalité économico-sociale. Mais ça on en parle un peu moins. Préférant culpabiliser les « méchants » qui vont au supermarchés. De même que quand tu vis en plein coeur du 93 ça doit être dur d’aller à la ferme chercher son lait. Mais oui on est d’accord nous devons faire attention aux saisons. Et on doit tous être sensibilisés. Personnellement je me force depuis 1 an ou 2 à acheter uniquement FR. Mais cela ne m’empêche pas de faire des tomates farcies à mes enfants en plein février, car je sais qu’ils adorent ça 🙂

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