Interview de Laurence Duthu, fondatrice et Présidente de l’association « L’Huile de Palme : NON ! »

  Le 4eme singe a le grand plaisir de vous présenter Laurence Duthu, fondatrice et présidente à Grenoble de l’association « L’Huile de Palme : NON ! ». L’occasion de voir en détail les problématiques liées à l’huile de palme avec une spécialiste du sujet. Merci à elle pour son engagement et pour le temps qu’elle a bien voulue nous accorder.

L’association L’Huile de Palme : NON ! est à suivre sur : 
– le blog http://lhuiledepalmenon.blogspot.fr
– la page Fb www.facebook.com/HuileDePalmeNon
– le groupe Fb www.facebook.com/groups/HuileDePalmeNON/
– Twitter @HuileDePalmeNon

 

 

Peux-tu te présenter et nous expliquer les raisons de ton engagement ?

J’habite depuis toujours Grenoble et suis passionnée depuis toute petite par la nature, les animaux, surtout les primates.

Lorsque l’on s’intéresse aux primates et plus particulièrement aux grands singes (chimpanzés, bonobos, orangs-outans… et l’Homme), on en vient un jour ou l’autre au problème des cultures industrielles de palmiers à huile pour produire la fameuse huile de palme. Je ne me souviens plus à quelle occasion j’ai découvert ce fléau mais dès que je l’ai su, cela a été une évidence de faire en sorte de ne plus consommer de produits contenant l’huile de palme et ses dérivés. Chose ardue car elle se cache partout mais rien ne pouvait me faire dévier de cet engagement que j’ai fait aux orangs-outans (et par là même aux autres habitants de la forêt) : boycotter tous ces produits pour que leur forêt ne disparaisse pas et eux avec… c’était il y a plus de cinq ans.

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Le cheminement s’est fait, mon engagement plus important, cependant toujours aucune structure en France pour combattre cette huile. Il ne me restait plus qu’une chose à faire : la créer. En janvier de cette année a donc vu le jour la première association française pour lutter contre l’huile de palme industrielle : « L’Huile de Palme : NON ! »

 

 

En quoi l’huile de palme représente-t-elle un danger aussi bien pour l’environnement que pour notre santé ?

L’huile de palme telle que cultivée dans les petits villages africains n’est nocive ni pour la santé ni pour l’environnement ni encore pour les populations locales. Elle le devient quand sa culture se transforme en une monoculture intensive. Là, elle demande des milliers d’hectares imposant la destruction des forêts primaires et secondaires où la biodiversité est unique, riche de millions d’espèces animales et végétales. Ce sont des milieux très difficiles à recréer par la suite du fait de leur structure fragile et de la stérilité des terres provoquée par les cultures intensives de palmiers à huile et les pesticides utilisés.

Les monocultures demandent donc des milliers d’hectares de terres disponibles qui sont pris sur les forêts et par l’accaparement des terres des petits paysans et des populations locales. Là peu de place aux sentiments. Les forêts sont donc coupées et ensuite brûlées pour faciliter la pousse, la culture sur brûlis donnant toujours de meilleurs résultats. En se consumant, les sols rejettent des quantités énormes de CO2, à fortiori s’il s’agit de terrains tourbeux. L’Indonésie se classe 3e pays émetteur de CO2 au monde. Les animaux sont chassés de leurs habitats naturels qui se réduisent et se fragmentent impliquant pénuries de nourriture et rencontres malheureuses avec l’Homme en constante augmentation. Plus exposés, ils font face au braconnage. En effet, les primates sont particulièrement appréciés, soit pour leur viande, soit davantage d’ailleurs pour récupérer les bébés qui représentent une valeur monétaire énorme. Pour récupérer ce petit, il faut tuer la mère, qui jamais n’abandonne son petit et préfèrera combattre jusqu’à la mort. C’est donc un spectacle terrible pour le bébé qui s’accrochera à la dépouille de sa mère à l’aide de ses quatre membres. Il faudra ensuite que les braconniers l’en sépare, parfois au prix de couper les doigts du petit agrippés trop fermement à celle qui l’a mis au monde. Son calvaire ne fera que commencer avec toujours ces images en tête et pour le reste de sa vie bien misérable s’il n’est pas recueilli un jour par un centre de réhabilitation.

Pourquoi un tel drame ? Tout simplement parce que ces petits êtres sauvages sont appréciés tant par les petits paysans que les hauts fonctionnaires en passant par les expatriés. Animal de compagnie, exotisme ou preuve d’un certain statut social (en raison du prix d’achat de ces animaux), les raisons sont nombreuses pour expliquer leur braconnage. Il y a également un trafic avec les zoos et les centres de loisirs, surtout ceux situés en Asie. Les orangs-outans sont des bêtes de foires contraints de se battre sur des rings de boxe, gants aux mains. Ce simulacre de match débute avec une femelle orang-outang en ouvreuse habillée dans une tenue ridicule. Mais ce n’est pas tout, ils peuvent être obligés à faire du vélo ou encore à poser à côté des touristes pour un souvenir photographique pathétique. Les zoos ou parcs d’attraction sont souvent des mouroirs où l’orang-outan est coincé entre quatre murs, avec très peu à manger ou à boire sous une chaleur difficilement supportable en l’état.

Les orangs-outans sont également tués lorsqu’ils pénètrent dans les palmerais à la recherche de nourriture. Ayant leur espace vital réduit et en contact avec ces cultures, ils trouvent dans les noix de palme une denrée comestible. Chose que les exploitants ne veulent en aucun cas voir, pensez donc quelques noix en moins c’est autant de dollars en moins dans les poches ! Les orangs-outans ne sont pas les seuls animaux persécutés et en danger d’extinction. On trouve tigres et rhinocéros de Sumatra, éléphants, gibbons, nasiques, loris, ours malais et tant d’autres encore ! Les éléphants sont empoisonnés pour ne pas qu’ils détruisent les cultures, les gibbons trouvent le même sort que celui subit par les orangs-outans.

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Concernant le volet santé, l’huile de palme incorporée dans les produits manufacturés est raffinée. Ce n’est donc pas la même qualité que celle utilisée dans le petit village africain de référence. Très riche en B-carotène et vitamine E, elle perd toutes ses qualités une fois raffinée, chauffée, se saturant en mauvaise graisse.

D’après Jean-Michel Chardigny, chercheur au département de nutrition humaine à l’Inra (Institut national de la recherche agronomique), l’huile de palme raffinée contient des graisses saturées et notamment de grosses quantités d’acide palmitique (près de 60 %). Cette graisse est dite athérogène, c’est-à-dire qu’elle favorise les dépôts graisseux à l’intérieur des vaisseaux sanguins et accélère la dégénérescence de leur paroi interne. L’acide palmitique, avec l’acide laurique et myristique, fait partie des trois mauvaises graisses saturées reconnues comme dangereuses pour la santé humaine.

On nous affirme avec insistance qu’une consommation raisonnée d’huile de palme, à travers les produits manufacturés, n’est pas néfaste pour la santé mais il convient de savoir à quelle dose et comment l’éviter car elle est présente dans un très grand nombre des produits de consommation courantes. La seule arme est le décryptage des ingrédients sur les étiquettes.

Il est souvent aussi mis en avant que les populations indigènes des pays producteurs de palmiers à huile consomment cette huile quotidiennement et ne sont pas exposés à des problèmes de santé dus à cette consommation. On omet en revanche de préciser que ces populations n’ont absolument pas le même train de vie que celui des Occidentaux. Pour bon nombre d’entre nous, la journée se résume au lever puis l’utilisation de la voiture pour se rendre sur notre lieu de travail, où un bureau nous attend (ou un poste de travail ne demandant pas des efforts physiques intenses) pour ensuite regagner notre domicile où les tâches ménagères sont simplifiées par le tout à portée de mains. Le sport est présent mais à faible dose. Les repas sont au nombre de trois minimum, riches, variés pour certains. A cela s’ajoute un éventuel grignotage entre les repas. Comparativement, la vie d’un Indonésien ou d’un Africain se résume à deux repas par jour voir un souvent composés de riz et de légumes. Le travail quotidien est très physique car il se passe au champ (avec nombres de kilomètres parcourus à pied pour s’y rendre) avec des outils manuels sous une forte chaleur humide… et les tâches ménagères ne sont pas de tout repos non plus ! Les graisses emmagasinées sont alors bien vite brûlées.

 

 

Qui sont les principaux pays producteurs et quelles sont les conditions de travail des personnes travaillant dans la culture de l’huile de palme ainsi que les conséquences sur les populations environnantes à ces cultures ?

Les principaux pays producteurs sont l’Indonésie et la Malaisie qui détiennent 85 % de la production mondiale d’huile de palme. Ensuite se trouvent pêle-mêle la Côte d’Ivoire, le Libéra, le Cameroun, la Papouasie Nouvelle-Guinée, la Colombie et quelques autres.

Les conditions de travail sont souvent déplorables avec le recours au travail des enfants comme le prouve l’association Rainforest Action Network dans son dernier rapport d’avril 2014 : http://www.forestpeoples.org/sites/fpp/files/publication/2014/04/klkcasestudy2014low.pdf. De plus, ce rapport indique qu’une fois de plus, les indigènes sont chassés de leurs terres qui sont ensuite converties en plantations de palmiers à huile.

N’oublions pas que, comme le souligne Chanee, fondateur de l’association Kalaweit, beaucoup d’employés de ces palmeraies en Indonésie ne proviennent pas de Bornéo mais de Java pour 80 % d’entre eux. Même si ces personnes sont indonésiennes, la proportion d’insulaires locaux est très faible et ne reflète pas les dires des pro-huile de palme (propriétaires des plantations, industriels, politiques, etc.).

Les producteurs font appel aux pesticides, notamment le paraquat, puissant neurotoxique commercialisé par la société Syngenta qui est membre de la RSPO (point abordé plus bas) et interdit en Europe depuis 2007 justement à cause de ces effets très nocifs sur la santé. Des milliers de témoignages à travers le monde se font toujours entendre qui ont pour conséquences l’interdiction du paraquat dans plusieurs autres pays (40) ou son inclusion dans l’Annexe III de la Convention de Rotterdam, comme une formule de pesticide très dangereux.

Les problèmes rencontrés par les personnes en contact avec cet herbicide sont d’ordre cutanés (lésions dermatologiques, fièvres, douleurs osseuses après contact avec la peau), oculaires (brûlures oculaires et troubles de la vue après contact avec les yeux), respiratoires (après inhalations) ainsi que des douleurs abdominales, vomissements et paralysies de la mâchoire, après ingestion. Malheureusement, beaucoup y trouvent la mort. Pour ceux qui en réchappent, les effets à long terme, liés à des expositions prolongées beaucoup plus subtiles, se traduisent par des cancers, troubles neurologiques ou perturbations de la reproduction.

Au niveau environnemental, je vous laisse deviner aisément les conséquences que peut avoir un pesticide herbicide chimique…

Au sujet ce qu’il se passe en Afrique et plus particulièrement au Cameroun, le militant écologiste Nasako Besingi comparaîtra cette année devant la justice de son pays. Son tort : s’opposer pacifiquement au projet de la société Herakles Farms qui souhaite convertir 20 000 hectares de forêts tropicales en cultures de palmiers à huie. Herakles Farms, filiale d’un fond spéculatif basé à New York, a décidé il y a quelques années d’investir dans l’huile de palme dans le sud-ouest du pays en justifiant l’éternel faux argument : enrichir le pays en voie de développement. Et pourtant les multinationales privent la population de terres cultivables.

Pour terminer, citons Renée Vellvé, de l’association Grain et Prix Nobel alternatif : « Jamais la pression sur les terres en Afrique n’avait été aussi forte ». Selon l’ONG Action Aid, 6 millions d’hectares ont ainsi été dévorés par la culture des agrocarburants sur le continent en moins de cinq ans. La production de l’huile de palme en fait partie.

 

 

Existe-t-il une manière de produire et de consommer l’huile de palme qui puisse être vertueuse ?

A ma connaissance non ! Le problème numéro un réside dans la recherche éternelle et effrénée du profit. Tant qu’elle restera monoculture, durable (certifiée RSPO ou GreenPlam) ou non, il sera difficile qu’elle soit vertueuse.

Qu’est ce que la RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil ou Table Ronde pour une Huile de Palme Durable) ?

La RSPO est une institution très largement controversée par les associations écologistes par son manque de fermeté et de contrôle mais aussi par les acteurs qui la composent. Les grands noms de groupes agroalimentaires et pétrochimiques en font partie dont le but premier est de faire toujours plus de bénéfices. La santé de notre planète passe très largement au second plan ou même, pour être plus précise, au dernier plan. Ne me dites pas que Monsanto, Cargill ou Sinar Mas se soucient des animaux, des peuples vivants depuis toujours dans les forêts primaires ? Si elles le font, c’est à grand renfort de communication pour se redorer un blason très largement sali… actions que j’appellerais tout bonnement greenwashing. Ces plantations sont traitées avec des pesticides nocifs (paraquat comme cité précédemment qui je rappelle est un puissant pesticide neurotoxique fabriqué par Syngenta membre de la RSPO) pour l’environnement et qui termineront via l’huile de palme dans l’assiette du consommateur. Les produits proposés à la vente ne mentionnent que très rarement si l’huile contenue est certifiée durable ou non et à quelle hauteur. Même certifiée, il y a trois niveaux de certification et rien n’empêche un exploitant d’avoir des parcelles non certifiées au milieu de celles certifiées. Comment vérifier par la suite si toute l’huile proposée par cet exploitant est réellement 100 % durable ? De plus, l’huile certifiée RSPO n’est pas un gage de totale confiance puisque l’année dernière par exemple la société Indofood, membre de la RSPO, a rasé un pan entier de forêt primaire pour faire place à la culture de palmiers à huile (source : Centre for Orangutan Protection). Et ce n’est pas la première entreprise à procéder ainsi.

Le certificat GreenPalm est un des autres tours de passe-passe que la RSPO, les producteurs et les industriels ont trouvé pour berner le grand public ! Un produit estampillé GreenPalm ne veut pas dire qu’il contient de l’huile de palme « durable » (déjà là on fuit) mais que l’industriel a acheté des certificats vendus par un producteur d’huile de palme « durable ». Ces certificats sont mis sur une plateforme de vente (système de la Bourse) et il est impossible pour l’acheteur de connaitre la provenance de l’huile qu’il a contractée et la façon dont elle a été produite.

Combien de peuples se feront encore chasser de leurs terres ? Combien de personnes se feront encore tuer ou emprisonner ? Combien restera-t-il d’orangs-outans, gibbons, tigres, éléphants, etc. à l’état sauvage et non derrière des barreaux de zoos et de refuges ? Combien encore de femelles orangs-outans seront abattues sous les yeux de leurs bébés pour raser leur habitat afin de faire place à d’énièmes plantations ? Combien encore d’orphelins, de vies brisées pour satisfaire l’égoïsme des consommateurs ? Une précision et non des moindres, pour que l’huile depalme soit certifiée durable, il faut qu’elle provienne de plantations faites sur des terres exploitées auparavant. Avant cela, ces millions d’hectares de terres étaient quoi pour vous avant ? Je vous laisse deviner… des forêts primaires voire secondaires qui ne le seront plus jamais après une exploitation sans limite des ressources de ces terres autrefois fertiles en vie.

 

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Bornéo a perdu près de 80 %  sa forêt primaire, des milliers d’espèces végétales et animales ont et sont détruites chaque jour les rendant pour la plupart en danger d’extinction. Le plus charismatique est l’orang-outan. A l’état sauvage, nous ne dénombrons plus qu 50 000 individus contre environ 200 000 en 1960. Cette diminution de la population s’est accélérée durant ces deux dernières décennies par la demande de plus en plus croissante d’huile de palme. On estime entre six et douze le nombre d’orangs-outans tués chaque jour – je dis bien chaque jour ! – dû à la production d’huile de palme. Cette même menace est plus qu’actuelle pour la Malaisie qui est au coude à coude avec l’Indonésie.

Pour que ce massacre s’arrête, à notre échelle de citoyens consomma’cteurs, nous pouvons changer notre mode de consommation et nous tourner vers une alimentation plus saine composée de légumes et de fruits de saison près de chez nous : producteurs locaux, AMAP… En plus de faire marcher l’économie locale, nous savons d’où viennent les denrées et comment elles ont été cultivées. Rien de mieux pour se nourrir sainement ! J’entends tout de même des voix s’élevant arguant le manque

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de temps, pour ce faire : lire les étiquettes, préparer les repas. Je répondrais par cela : penser à ce qu’il se passe pour que vous ayez votre dose d’huile de palme… désolation, massacres, déforestation. Nos gestes du quotidien, même semblant minimes, ont une répercussion décuplée à l’autre bout de la Terre surtout si nous sommes des millions à les faire.

 

 

Peux-tu donner un ordre de grandeur concernant la présence d’huile de palme dans les produits de l’agroalimentaire aujourd’hui vendus en France ? L’huile de palme est-elle présente dans d’autres types de produits (cosmétiques etc…) ?

Il n’y a pas de chiffres officiels qui circulent quant au pourcentage de produits de l’agroalimentaire vendus en France contenant de l’huile de palme. Sachant que la production mondiale d’huile de palme est utilisée par l’agro-alimentation à la hauteur de 80 %, que l’huile de palme est l’huile la plus vendue au monde (plus de 54 millions de tonnes en 2012), nous pouvons aisément dire qu’environ 80 % des produits de l’agroalimentaire vendus en France contiennent cette oléagineux. Car il ne faut pas oublier que l’on trouve dans ces produits de l’huile de palmiste (tirée du noyau du fruit, l’huile de palme est quant à elle produite à partir de la pulpe du fruit) et que beaucoup de ceux estampillés bio en contiennent aussi.

L’huile de palme est donc présente en grande partie dans l’agroalimentaire mais elle se trouve également dans les cosmétiques (savons, gels douche, shampooings, crèmes, maquillages, etc.), les détergents (produits d’entretiens de la maison, peintures, vernis, résines, etc.) et le bio-diesel.

 

 

 

L’huile de palme est donc présente dans un grand nombre de produits, existe-t-il des matières grasses plus saines qui pourraient la remplacer ?

Par définition, une matière grasse n’est jamais totalement saine. Cependant, certaines sont plus recommandées que d’autres et, bien entendu, toujours en proportion raisonnable. Il ne va pas sans dire que si une personne mange à tous les repos une quantité impressionnante d’huile d’olive, cette dernière ne sera en aucun cas bénéfique. Les huiles de tournesol, de noisettes, d’avocat, de colza sont des huiles contenant des omega  (3, 6 ou 9 selon les huiles), acides reconnus comme bon pour l’organisme.

Il faut avoir en tête que l’huile de palme est utilisée avant tout pour son faible coût d’achat. Elle a des propriétés de tenue à haute température souvent citées par les industriels. Or, cette opération enlève toutes les vitamines que l’huile contient comme vu précédemment. La raison première de son utilisation est la recherche du profit par l’achat de matières premières à bas coût.

Des industriels de grandes ou petites tailles, des artisans, arrivent à se passer depuis toujours et pour certains depuis peu, de l’adjonction dans leurs produits et ces derniers n’en sont pas plus mauvais voir pour beaucoup bien meilleurs. Sont-ils des magiciens alors ? A croire lorsque l’on entend le discours de certaines firmes où cela semble complètement irréalisable !

Pour indication, le litre d’huile de palme est cinq fois moins cher que celui de l’olive, deux fois du tournesol et quatre fois de celui du beurre. En vendant leurs marchandises au même prix mais avec un coût de fabrication très bas, la marge de profit est plus que profitable !

 

 

 

L’indication de présence d’huile de palme dans les produits sur le marché est-elle obligatoire et est-elle clairement inscrite ?

Non. Il est souvent inscrit « huile végétale » ou « matière grasse végétale ». Cela se complique avec les dérivés de l’huile de palme extrêmement nombreux et souvent difficiles à retenir par leurs noms complexes. C’est souvent le cas avec les produits cosmétiques et d’entretiens. En ce qui concerne les savons, vous trouverez « eleais guinensis » (le nom latin du palmier à huile) kernel oil, sodium palmate, sodium palm kernelate, sodium palmitate et bien d’autres encore ! Pour vous aider, des listes sont facilement consultables et imprimables comme le « Petit guide vert » d’Adrien : http://vivresanshuiledepalme.blogspot.fr/p/le-petit-guide-vert.html

Pour le moment donc, rien n’indique clairement la présence d’huile de palme dans un produit. Le 13 décembre 2014, suite au règlement européen 1169/2011 du 25 octobre 2011, l’étiquetage se verra rendre obligatoire de porter la mention exacte de quelle huile est utilisée. Attention ! Cette loi ne concerne que le domaine alimentaire donc tout ce qui est cosmétiques, détergents et autres ne concernant pas l’alimentation, la précision restera en l’état actuel. Il en va de même pour les dérivés (additifs par exemple) où le texte ne laisse pas entendre que ces derniers doivent être dorénavant plus explicites.

 

 

 

Est-il possible de retrouver de l’huile de palme dans les produits estampillés bio ?

Bien plus que beaucoup l’imaginent j’en suis sûre ! Cette huile venant de Colombie est « durable » puisqu’elle est certifiée RSPO et bio par ses méthodes de culture certifiées aussi. Cependant derrière se cachent scandales, expropriations, accaparements des terres, déforestation et recours aux paramilitaires. L’essentiel de la production colombienne vient du groupe Daabon, qui se rapproche plus d’un empire mafieux que d’une simple entreprise lambda. Les membres de cette large famille ont les pieds en politique également ce qui facilite la main mise sur les terres. Je ne peux que vous conseiller la consultation de cet excellent blog où tout est très bien expliqué en détail et où vous serez effaré à la fin de la lecture !

Le groupe Daabon : http://avenuecolombie.wordpress.com/2010/09/24/mais-qui-est-donc-ce-daabon/
Huile de palme bio colombienne : http://avenuecolombie.wordpress.com/huile-de-palme-bio/

Beaucoup d’industriels et petites entreprises se cachent derrière le bio pour justifier l’utilisation de l’huile de palme. Il ne faut pas se laisser berner et passer son chemin !

 

 

 

As-tu une idée du niveau de sensibilisation de la population à ce sujet ? Et comment la problématique de l’huile de palme est-elle traitée au niveau des gouvernements (pays exportateurs et importateurs) et des instances internationales ?

Depuis la création du groupe puis de la page, je sens que plus en plus de personnes sont sensibilisées à différents niveaux, sur ce problème. La prise de conscience est en train de se faire. Certaines personnes sont très informées sur le sujet alors que d’autres ont quelques notions ou en ont entendu parler mais ne connaissent pas tous les tenants et aboutissants. Mais une fois la situation et les enjeux connus, aucune ne fait marche arrière. Tellement de conséquences désastreuses derrière tout cela qu’il faut être totalement insensible ou avoir des intérêts privés pour ne pas fermer la porte à l’huile de palme. Plus de 2 000 personnes nouis suivent sur la page Facebook de l’association.

Au niveau mondial, les citoyens australiens sont très actifs sur cette problématique ainsi que les Néo-Zélandais et les Américains. A ce sujet, en 2009, les consommateurs néo-zélandais ont boycotté la marque Cadbury suite à l’ajout d’huile de palme dans le chocolat en remplacement d’une partie du beurre de cacao. Résultat, la marque a retiré immédiatement l’oléagineux alors que celui-ci était certifié et est revenue à la recette précédente. Cela prouve que nous sommes des consomma’acteurs et nous avons le pouvoir de faire changer les choses. Personne ne nous oblige à mettre tel ou tel produit dans le caddie, les décisions individuelles de chacun, une fois toutes réunies, auront un impact bien plus conséquent que beaucoup n’imaginent pas.

Au niveau des gouvernements, là ça se gâte. Enormément d’enjeux financiers derrière où les lobbys jouent un rôle non négligeable quant aux prises de décisions gouvernementales. En effet, les gouvernements ont le rôle initial de protéger les droits et les intérêts des peuples. Seulement dans les faits, les instances gouvernementales protègent essentiellement ceux des multinationales. Pour illustrer ce fait, nous pouvons prendre le cas récent avec les interventions de la sénatrice Catherine Procaccia. S’exprimant sur la vogue de l’étiquetage « Sans huile de palme », elle déclare : « Je pense qu’il faut sanctionner les distributeurs et les industriels qui surfent sur la vague du « Sans huile de palme » et qui en font un message publicitaire.  » Ces propos prennent tout leur sens sens lorsque que l’on sait que Madame Procaccia est la Présidente du groupe interparlementaire avec l’Indonésie (ndlr : ce pays étant le premier producteur mondial d’huile de palme). De plus, elle a été l’invitée de l’Institut de Recherche Clinique sur le symposium de l’huile de palme en novembre 2013 à Paris, qui s’apparente plus à un groupe de pression qu’à un groupe de recherche et dont le fondateur est un ancien d’un think tank libéral. Suite à ces déclarations, l’association « L’Huile de Palme : NON ! » a crée une action citoyenne et publié deux « droit de réponse » disponibles sur notre blog. Pour l’anecdote, des centaines de personnes ont écrit à la sénatrice ce qui a eu pour effet un mot de sa part sur son blog où elles nous traitent de lobbyistes ! Je vous laisse apprécier.

Un autre exemple est la fameuse « taxe Nutella » qui visait à augmenter la taxe de 300 % sur l’huile de palme, initiative rejetée par l’Assemblée nationale fin 2012. Lors d’un déplacement fin juillet 2013 en Malaisie, Jean-Marc Ayrault, alors Premier Ministre, déclarait : « La France n’est pas hostile à l’huile de palme » et rassurait ce pays producteur en rappelant que la « taxe Nutella » n’avait pas été adoptée ni soutenue par son gouvernement. Toutefois, la « taxe Nutella » n’a pas dit son dernier mot. Actuellement, les sénateurs Yves Daudigny et Catherine Deroche travaillent sur ce sujet. Auteurs d’un rapport sur les taxes comportementales (vin, tabac, etc.), ils veulent harmoniser la fiscalité des huile qui actuellement pénalise l’huile d’olive (18 euros pour 100 kg) au bénéfice des huiles de colza, de pépins de raisins et de palme (de 8 à 10 euros pour 100 kg).

Terminons par certaines organisations qui pourraient faire penser par leurs noms à des institutions émanant de l’Etat qui sont en fait de véritables lobbys cachés. Le Fonds Français pour l’Alimentation et la Santé en fait partie. Il s’agit d’une structure privée composée d’industriels et de scientifiques qui a pour mission l’étude et la mise en valeur d’une alimentation source de plaisir et de santé. Cela pourrait sembler une bonne chose. Sauf qu’une organisation privée qui parle de l’huile de palme de façon positive est assez suspicieuse. Cela peut l’être car tous les industriels appartenant à ce Fonds utilisent de l’huile de palme et ses dérivés dans la fabrication de leurs produits. Et lorsqu’un scientifique, le Docteur Jean-Michel Lecerf, travaillant à l’Institut Pasteur de Lille, co-écrit une note en faveur de l’huile de palme pour le Fonds Français pour l’Alimentation et la Santé, il y a de quoi douter. Surtout que dans la quasi totalité des articles apparaissant sur internet et traitant du sujet de l’huile de palme, la parole est donnée à ce fameux médecin. Tout cela semble bien étrange.

 

 

 

Votre association compte-t-elle produire une liste de produits contenant de l’huile de palme ?

Il existe déjà le guide produit par Adrien (voir plus haut) mais l’association a pour projet d’en réaliser un autre actualisé, peut-être en collaboration avec Adrien.

 

 

 

Où en est la mise en place de ton association et de quelle manière compte-t-elle sensibilisée les gens aux dangers de la consommation de l’huile de palme ?

L’association « L’Huile de Palme : NON ! » a accueilli ses premiers membres depuis quelques jours ! Vous pouvez adhérer via notre http://lhuiledepalmenon.blogspot.fr/p/blog-page_12.html

A côté de cela, plusieurs actions sont déjà en place afin de sensibiliser la population aux dangers de la consommation d’huile de palme :

– Lancement de la première journée SANS huile de palme en France qui a eu lieu le 19 mai dernier. Cette journée se veut pérenne dans le temps en étant un coup de projecteur dans l’année pour rappeler à tous ce fléau afin que cette journée soit reconduite 364 jours dans l’année !

– Une pétition, créée avant la venue au monde de l’association, qui totalise à ce jour plus de 10 800 signatures ! Il faut continuer à la signer bien entendu mais aussi à la partager autour de soi (lien de la pétition : http://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/au-gouvernement-fran%C3%A7ais-interdire-l-huile-de-palme-et-ses-d%C3%A9riv%C3%A9s-dans-tout-produit-vendu-en-france-2#)

– Actions citoyennes en mobilisant les Français à écrire à nos responsables politiques qui pour la plupart du temps n’ont aucune notion de la réalité des faits.

– Création d’une chaîne Youtube avec laquelle nous comptons continuer à poster des vidéos appelant à la réflexion. Ces vidéos seront bien entendu relayées sur les réseaux sociaux.

– Avec la collaboration de notre ami Adrien auteur du guide « Vivre sans huile de palme », nous utilisons ses supports de communication afin de décrypter puis vulgariser au maximum les informations au public.

– Mobilisation d’activistes dans différentes villes de France. Nous avons déjà des personnes engagées à Grenoble, Paris, Bordeaux ou encore Montpellier afin de tenir des stands aux endroits stratégiques des villes permettant ainsi de sensibiliser les passants.

– Tenue d’un stand au festival de Ménigoute (Deux-Sèvres) du 28 octobre au 2 novembre 2014.

– Tenue possible d’un stand à l’EKO festival (Charente-Maritime) du 1er au 4 août 2014. Nous sommes à la recherche de bénévoles pour cela, avis aux bonnes âmes ! Contactez-nous.

– Création en cours d’une mallette pédagogique dans le but de sensibiliser les plus petits mais aussi les plus grands, nous espérons collaborer avec les écoles entre autres. Actuellement à la recherche de partenaires pour finaliser ce projet.

– Création de partenariats avec des petites sociétés n’utilisant pas d’huile de palme et ses dérivés dans la fabrication de leurs produits. A travers ces partenariats, nous souhaitons encourager et promouvoir ces initiatives respectueuses de l’environnement qui démontrent que des produits de qualité et abordables sont possibles et discréditent le discours du « impossible de se passer de l’huile de palme ».

– Promotion des AMAP. Par ce mode d’approvisionnement et d’alimentation, on évite au maximum l’huile de palme et ses dérivés par des produits sains et le moins transformés possibles. Les AMAP respectent ces conditions là dans la plupart des cas (toujours avoir un oeil ouvert et être vigilant, c’est comme cela que l’huile de palme n’entrera pas chez vous).

 

Peux-tu, pour aller plus loin, donner à nos lecteurs des pistes supplémentaires de recherches sur le sujet (ouvrages, documentaires etc.) ?

– A voir absolument « Green le film » de Patrick Rouxel (en téléchargement gratuit ici : http://www.greenthefilm.com/?lang=fr . Un plongeon de 48 minutes dans le monde effrayant de la consommation occidentale, notre consommation, et ses ravages vus par les yeux d’une femelle orang-outan recueillie mourante dans une palmeraie.

– Documentaire France 5 « Palme une huile qui fait tâche »  https://www.youtube.com/watch?v=YU0LKYoGzZk

– Documentaire d’Olivia Mokiejewski « Les orphelins du paradis – Les naugragés des cîmes » https://www.youtube.com/watch?v=lZdliXTmQlo

– Livre d’Emmanuelle Grundmann « L’huile de palme, un fléau si rentable » aux éditions Calman-Lévy http://calmann-levy.fr/livres/un-fleau-si-rentable/

– Association Kalaweit fondée par Chanee, un franco-indonésien installé depuis longtemps à Sumatra et qui a crée un centre d’accueil et de réhabiliation pour les gibbons et autres animaux de la forêt. Un fervant opposant à la déforestation et à l »huile de palme.

Association SOCP avec Ian Singelton qui recueille et réhabilite des orangs-outans.

Association IAR

 

Un grand merci à Laurence pour son engagement et indispensable combat. Partager autour de vous cette interview au maximum et parlez à vos proches des problématiques de la consommation de l’huile de palme. Merci à tous !

Thomas.

 

 

 

2 Commentaires
  1. amghar 3 années Il y a

    1 hectare de palmier à huile produit autan que 4 hectares de colza et 7 hectares d’oliviers
    qui déforeste ou à déforesté?
    qui gagne son autonomie grâce huile de palme qui à le plus à perdre dans tout ça?
    suivre l’argent!!!

  2. […] And they have done it to disastrous results. VIDEO: Say no to dirty palm oil. Huile de palme : Danger ! Le fonds souverain Norvégien arrête l'huile de palme. INDONESIE, Tripa : cette photo prise par la Sumatran Orangutan Conservation Program (SOCP) en avril 2012 montre une équipe du programme déplaçant un orang-outan mâle adulte d’une plantation d’huile de palme pour le protéger des menaces qui pèsent sur lui à cause des activités de déforestation dans la région. © AFP PHOTOS/SOCP/PAUL HILTON Le plus gros fonds souverain du monde refuse désormais d’investir dans des entreprises dont les activités menacent les écosystèmes fragiles de notre planète. Interview de Laurence Duthu, fondatrice et Présidente de l’association “L’Huile de Palme : NO…. […]

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Le 4ème singe / CC-BY-SA 2012-2017

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