Comment la Faim tue toutes les 4 secondes

Ce siècle comme le précédent commence très mal : en effet depuis peu nous assistons bien souvent dans l’indifférence générale au plus gros scandale qui aie jamais frappé l’Humanité : celui de la faim globalisée. Aujourd’hui à l’heure où je vous écris près d’un milliard d’êtres humains souffrent de la faim et 37 millions de personnes en meurent chaque année. C’est autant de morts qu’en six ans de guerre mondiale, mais aujourd’hui cette guerre là ce sont les plus pauvres qui en sont victimes… Certains libéraux seront tentés de vous dire (et ils auront raison) que le pourcentage de personnes sous-alimentées dans le monde est en constante diminution depuis ces dernières années ; mais ce qu’ils ne vous disent pas c’est que le nombre de personnes victimes de la faim augmente! Mais alors, quelles sont les causes de ce fléau qui représente aujourd’hui l’une des plus grandes hontes dans l’ordre actuel du monde ? Et surtout comment y répondre ?

 

1) Les Causes (pas si) Naturelles de la Famine :

Il est important de ne pas négliger l’impact des catastrophes naturelles et notamment de la désertification sur l’agriculture des pays en voie de développement (d’Afrique notamment). En effet, depuis des années les activités humaines et les changements climatiques entraînent la désertification en aggravant les phénomènes naturels… Le réchauffement climatique n’arrangeant rien à l’affaire. Un article du journal « Le Monde » du 21/09/11 a selon moi bien résumé la situation :  » La désertification fait suite à la dégradation de la terre : la déforestation  en est la première cause, puis le sur-pâturage, par suite de l’empêchement de la migration traditionnelle des troupeaux du nord au sud, c’est à dire la transhumance propre à l’Afrique. Tous les écosystèmes sont détruits par la suite. (…) On peut protéger les sols, les régénérer par l’agroforesterie. Ce n’est pas le désert qui avance, mais les hommes qui font avancer le désert. Pour cela, il faut consacrer les sommes nécessaires. »

 

Ainsi c’est à l’Homme de réagir pour mettre fin à cette destruction massive de la nature et de l’Humain. C’est face à cela que les paysans de La Via Campesina (syndicat international regroupant des paysans du monde entier) dans une liste de revendications intitulée « Changer le système pas le climat » ont appelés les multinationales à ralentir l’exploitation des sous-sols dans les pays en voie de développement pour freiner la désertification. 

 

 
Et c’est aussi ce problème là qui a incité Pierre Rabhi et le mouvement Colibri à développer l’agroécologie pour lutter contre la déforestation. Un autre article du journal Le Monde écrit le 27/09/11  dit : « D’énormes volumes d’eau de pluie sont perdus ou jamais exploités, le long des voies fluviales, indique le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR). Avec de modestes améliorations, on pourrait doubler ou tripler la production alimentaire. Par exemple le long du fleuve Limpopo qui va de l’Afrique du Sud au Mozambique, en passant par le Botswana et le Zimbabwe ; on pourrait financer des bacs de récupération de pluie, des points d’eau pour le bétail, des conduits d’acheminement de l’eau pour éviter l’évaporation. Également le changement de type de cultures voraces en eau (le maïs) par une plus grande culture des fruits pourrait être envisager. Pour l’instant des millions vont à la recherche et l’acheminement du pétrole. Rien de tel pour la récupération des eaux. »

Ainsi là encore même si la nature intervient c’est le système d’exploitation capitaliste qui freine la lutte contre la faim.

 

2) L’Exploitation Coloniale jusqu’à aujourd’hui :

a) De la Colonisation…

Comme évoqué précédemment, il est très simpliste de réduire les causes de la famine à des causes naturelles (surtout aujourd’hui). En effet des sociétés considérées aujourd’hui comme sous-développées (en Afrique tropicale notamment) étaient autrefois bien adaptées au milieu qu’elles exploitaient. Elles jouissaient d’un savoir faire ancestral pour pratiquer une agriculture vivrière qui leur permettait de nourrir la communauté en tenant compte des aléas de l’environnement. Mais elles sont entrées en rapport avec le monde européen ce qui a ébranlé gravement leur équilibre économique et social. Le sous-développement de beaucoup de régions résulte de la domination coloniale et du rattachement de leur production aux réseaux des grandes puissances. L’économie des dominés s’est alors entièrement tournée vers l’extérieur : ils sont devenus exportateurs de matières premières payées à bas prix par les États capitalistes (à cause de la baisse du dollar, de la spéculation boursière…) tandis que nous leurs fournissions des produits industriels à forte valeur ajoutée (donc très coûteux). C’est ce système d’exploitation qui est à l’origine de l’enrichissement des pays développés (car même le prolétariat de nos régions jouit de cette exploitation) mais ce système d’exploitation est surtout à l’origine de l’endettement des pays sous développés. Cet endettement illégitime les empêche d’une part d’investir dans un système de santé, d’éducation, d’agriculture permettant à la population de vivre décemment (puisque toutes les sources du revenu du pays sont consacrées au « service de la dette ») mais il livre surtout ces États pieds et poings liés à l’OMC et au FMI qui imposent des lois tyranniques et réalisent parfois même des crimes économiques; en privatisant par exemple les ressources naturelles fondamentales comme l’eau.. (Voir le reportage de la BBC intitulé « Quand le FMI fabrique la misère« ).

b) … A l’exploitation des multinationales

Mais l’exploitation coloniale et néo-coloniale ne sont pas les seules causes de la famine loin de là… Lors d’un sommet du mouvement La Via Campesina se tenant à Jakarta en 2008, une de leur revendication était la suivante : « Dans beaucoup de pays nous assistons à l’interdiction croissante de maintenir, de préserver, d’échanger nos propres semences. Notre connaissance et notre savoir faire sont en train de disparaître et nous sommes forcés d’acheter des semences produites par des multinationales dont les bénéfices ne cessent d’augmenter. Ces organismes sont en train de produire des Organismes Génétiquement Modifiés et de développer les monocultures, ce qui a pour conséquence la perte de nombreuses espèces et de la biodiversité en général. » Les paysans dénoncent ainsi la brevetabilité du vivant ; en effet depuis quelques dizaines années certaines multinationales (Monsanto en tête) ont la possibilité de déposer un brevet sur un organisme vivant, animal ou végétal, qu’il soit pluricellulaire ou non. Le brevet peut porter sur le procédé d’obtention, sur l’organisme lui-même dans son ensemble, ou bien encore sur certains de ses composants seulement, sur ses gènes notamment . Longtemps exclus du domaine d’application des brevets ou de toute autre système semblable, les organismes vivants font aujourd’hui l’objet  de multiples demandes de brevets qui varient en fonction des systèmes juridiques, parfois concurrents, et de la nature des organismes visés. En fait, c’est avec l’apparition des OGM que s’est développé le phénomène. Mais ce phénomène est une atteinte majeure à la souveraineté alimentaire car il confère à un petit nombre de multinationales un contrôle quasi exclusif des semences paysannes qui prive les paysans de leurs moyens de subsidences (ceux-ci ayant pour obligation de payer des royalties pour chaque brevet qu’ils utilisent). C’est de cette manière qu’une dizaine de multinationales contrôlent près de 75% des semences du monde. Il est évident que la lutte contre la famine passe par une lutte contre ce despotisme tyrannique qu’exerce une minorité de multinationales sur ces biens communs que nous offre la Terre pour nous nourrir..

 

3) Famine et Néolibéralisme :

Mais surtout récemment ce qui est à l’origine de la crise alimentaire qui a frappé le monde en même temps que la crise économique c’est la spéculation boursière sur le prix des denrées alimentaires. En effet en 2007-2008, les grands spéculateurs ont perdu 85 000 milliards de dollars de valeur patrimoniale dans les bourses financières. Ils ont, du coup, migré vers les bourses de matières premières, notamment agricoles. Ils ont ainsi réalisé des profits astronomiques. Et ce, de manière tout à fait légale. De ce fait, les prix du marché mondial flambent.

Tout le monde est d’accord pour dire que la spéculation boursière sur les aliments de base est l’une des raisons principales du massacre collectif. Le prix du maïs a augmenté de 93 % en dix-huit mois ; la tonne de blé meunière a doublé (271 €) en un an ; la tonne de blé philippin a augmenté de 113 %. L’impact dans les bidonvilles du monde est énorme. À Lima, le riz s’achète dans des gobelets maintenant. Et dans la soupe du soir, ce sont quelques grains seulement qui flottent.
Comme l’avait si bien dit Jean Ziegler : »Les spéculateurs devraient être traduits devant un tribunal, c’est un crime contre l’humanité ! » 

 

Au club de Rome, Nicolas Sarkozy lui même s’était indigné de la spéculation boursière sur le prix des denrées alimentaires car elle prive les plus pauvres de leur pain quotidien. Et ce phénomène de spéculation me renvoie inévitablement à cette citation de Jacques Roux lors de la révolution française :  » La liberté n’est qu’un vain fantôme quand une classe d’Hommes peut affamer l’autre impunément; l’égalité n’est qu’un vain fantôme quand le riche par son monopole exerce le droit de vie ou de mort sur son semblable et la République n’est qu’un vain fantôme quand la contre révolution s’opère de jours en jours par le prix des denrées auxquelles les 3/4 des citoyens ne peuvent atteindre sans verser des larmes. » Cette citation est d’autant plus grave aujourd’hui qu’à l’heure où l’on produit de quoi nourrir 12 milliards d’Humains les prix des denrées ne devraient pas être aussi élevés (même si l’on prend en compte le facteur de la croissance démographique).

 

4) De la destruction  massive à la Résistance :

Alors à qui profite ce crime ignoble qu’est celui de la faim? A plein de monde en vérité : quelques multinationales à l’argent sale, des créanciers etc. Mais si j’ai souhaité traité ce sujet ce n’est pas pour pointer du doigt tous ces criminels et vous dire que ce qu’ils font est mal ; vous n’avez pas besoin de moi pour avoir une conscience. En revanche, il faut insister sur toutes les actions qui peuvent être faites et qui doivent être fortes pour lutter contre cette ignominie. Il faut par exemple revenir sur cette dette illégitime (puisqu’elle résulte d’un pillage) qui étrangle les pays du tiers monde et qui les empêche de prendre les mesures nécessaires pour protéger leurs peuples. Avec cette dette, l’aide internationale n’a aucun effet puisqu’en 2006  l’aide internationale des pays les plus riches proposée aux 122 pays les plus pauvres s’élevait à 58 milliards de dollars. Mais à la même période ces 122 états devaient versés 501 milliards de dollars au titre du « service de la dette ». Ce qui montre bien le ridicule de la situation. Il ne peut y avoir de changement de situation sans annulation de cette dette qui je le répète est illégitime ; certains États comme l’Équateur ou l’Argentine ont obtenus l’annulation de leur dette (en tout cas de la partie illégitime de celle-ci) ce qui leur a permis d’investir contre le sous développement.


Il est indispensable que les organismes internationaux luttent pour un allégement de la dette des pays les pauvres de ce monde en échange d’une lutte sérieuse contre la corruption, comme le fait par exemple l’organisme d’Éric Toussain. De nombreuses ONG s’attaquent également aux banques  comme BNP Paribas par exemple qui spéculent sur le prix des denrées alimentaires tandis que d’autres combattent le dumping agricole. Quand au brevetage du vivant il a déjà été condamné par certains États comme le Brésil, l’Argentine ou l’Allemagne. Ce qui compte c’est de réveiller la population du monde entier ; le combat du peuple guatémaltèque doit être le même que celui du peuple français ou du peuple somalien face à ce fléau.

 

Sources :
– Le livre ARMAND COLIN/CLASSIQUES HACHETTE 1980
http://www.priceminister.com/offer/buy/184368762/histoire-geographie-3eme-pernet-blanchon-de-pernet-blanchon.html

– Le Livre d’Histoire-Géographie ISTRA
http://www.le-livre.fr/Fiche-R320000630.html

– Reportage de Marie-Monique Robin intitulé « Le Monde selon Mosanto »
« http://www.youtube.com/watch?v=zv-UvuNRh_Q »

– Reportage de la BBC intitulé « Quand le FMI fabrique la misère. »
« http://www.youtube.com/watch?v=upDhoGxYUJ0 »

– L’Ouvrage Destruction Massive de Jean Ziegler
http://www.amazon.fr/Destruction-massive-Géopolitique-Jean-Ziegler/dp/202106056X

– Le Site officiel de la Via Campesina
http://viacampesina.org/fr

– Le Site officiel du Mouvement Colibris
http://www.colibris-lemouvement.org/

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