La « démocratie participative imbriquée », un modèle adapté à la démographie de l’humanité

La remise en cause des systèmes politiques et économiques actuel pousse certains groupes à envisager de nouvelles manières de fonctionner et de s’organiser ensemble. Force est de constater que les modèles d’organisations pyramidaux ne fonctionnent pas ou seulement partiellement, disons simplement qu’ils tendent à favoriser les intérêts de ceux qui dirigent la structure au détriment de la majorité qui n’a pas vocation ou accession à la prise de décision.

Cependant, au même titre que les structures pyramidales et hiérarchisées, les structures horizontales et participatives ont aussi leurs avantages et leurs contraintes, voici donc une analyse – enrichie par nos soins – de nos collaborateurs de l’IRASD (institut de recherche en architecture social durable) sur ces modèles d’organisations émergents.

 

Gouverner par le chaos« Dans le contexte des sociétés de masses, la politique est toujours plus ou moins une activité de contrôle social exercé par des minorités dominantes sur des majorités dominées. Nulle raison de s’en réjouir, mais il semble bien qu’au-delà d’un certain seuil démographique, l’idéal politique de démocratie directe, participative et autogestionnaire doive céder sa place au système de la représentation, avec tous les phénomènes de confiscation élitaire du pouvoir qui lui sont consubstantiel. »

Extrait de : Collectif. « Gouverner par le chaos. »

Cette affirmation corrobore nos réflexions en architecture sociale qui démontrent que la mise en place d’une démocratie participative est parfaitement réalisable à condition de découper et décentraliser le pouvoir en petits groupes citoyens locaux qui gèrent des problématiques et décisions circonscrites à la couverture d’un territoire et d’une population restreinte parfaitement à leur portée.

Mais ce modèle adapté aux quartiers perd de son efficacité avec l’élargissement de la portée territoriale et démographique. Il ne saurait fonctionner aussi efficacement pour une grande ville et encore moins pour une région, une province ou un pays à cause de la difficulté à faire participer tous les citoyens dans le processus décisionnel.

Pour compenser cet obstacle psychosocial cognitif et participatif, il importe de mettre en place des entités démocratiques couvrant ces territoires et populations élargies et dont les membres responsables sont désignés parmi les citoyens impliqués dans les groupes locaux.

Ces entités démocratiques de portée élargie ont pour rôle de travailler à la documentation des enjeux et solutions afin d’alimenter le processus démocratique local pour résoudre des problématiques sociales de plus grande échelle. Cette préparation permet de documenter le contexte des problématiques et des solutions afin de supporter le processus décisionnel démocratique. Elles ne possèdent toutefois aucun pouvoir décisionnel, seulement une responsabilité collective. Toutes les propositions de décisions doivent être entérinées par l’ensemble des groupes démocratiques locaux concernés par la portée territoriale et démographique de la problématique.

L’IRASD nomme ce modèle simple et structuré la « démocratie participative imbriquée ». Elle correspond à une pyramide inversée en ce qui a trait à la portée territoriale et démographique des décisions et à une pyramide appuyée sur sa base citoyenne en ce qui concerne le pouvoir décisionnel. Autrement dit, le pouvoir décisionnel appartient toujours aux petits groupes démocratiques citoyens, même si la portée territoriale et démographique des problématiques est analysée par des groupes démocratiques désignés, mais sans pouvoir décisionnel. En un sens, la démocratie participative imbriquée est une concrétisation réaliste organisée et structurée de l’anarchisme.

L’IRASD tient à rappeler toutefois que deux obstacles majeurs peuvent nuire à l’instauration d’une démocratie participative. Ces deux obstacles sont induits par des interactions entre des concepts sociaux et la « nature humaine » qui induisent des stratégies comportementales décisionnelles nuisibles au bien collectif et individuel : la recherche du pouvoir et la recherche de l’enrichissement monétaire.EPSON scanner image

En conséquence, il importe de compenser ces deux comportements humains instinctifs par des mécanismes sociaux architecturés de manière à répondre à ces besoins humains de soif de pouvoir et de richesse sans qu’ils ne puissent interagir avec le processus démocratique décisionnel. Une économie non monétaire ou dont l’étalon de valeur serait la valeur de l’individu – mesurée quantitativement et qualitativement par sa capacité novatrice et la valeur de son apport à la collectivité – compenserait parfaitement ce besoin instinctif de l’humain. En effet, pour acquérir du pouvoir et de la valeur dans un tel modèle, chaque citoyen est responsable d’acquérir des connaissances et de l’expérience afin de développer son potentiel d’innovation au service des problématiques collectives. S’ensuit inévitablement un énorme potentiel d’épanouissement et de croissance personnelle.

L’instauration d’une démocratie participative imbriquée ou non, passe donc inévitablement par une abolition du capitalisme monétaire pour instaurer une économie exclusivement appuyée sur la capitalisation du potentiel humain individuel quantifié par la valeur de son apport à la collectivité.

Commentaire du collectif : 

Cet article de l’IRASD met en perspective ce que nous même, au 4eme Singe, nous expérimentons, « une démocratie participative imbriqué ». Certes notre approche communautaire à pour colonne vertébral « l’information » et le champ de nos décisions se limite à un contexte de projet. Pourtant, il est bien question ici, de ce que nous sommes en capacité de construire avec une telle organisation, « d’anarchisme structurée », qui fait notre force.

Processus de décision du 4ème singe

Processus de décision du 4ème singe

Si nous observons notre fonctionnement collectif, nous savons que les nouvelles technologies et plus particulièrement le web 2.0, qui a trouvé son essor en 2005, sont essentiels à notre organisation, décentralisé et holomidale (holos = le tout). C’est la configuration de ces outils et notre volonté commune « de partage du pouvoir » qui place le potentiel humain au cœur d’une économie communautaire, mesurant les différents apports à la collectivité et nourrissante pour nous.

A l’instar des communes de Saillans (Drôme), St André de Valborgne (Gard) et le canton d’Aigues-Mortes (Gard) ou Puy-l’Évêque (Lot), ou encore les nombreux projets fonctionnant sur un modèle identique, il semble bien que le choix de la pratique démocratique creuse dans le présent pour engendrer le futur.

Source : Article de l’IRASD

Stéphane BrousseauDirecteur de recherche à L’IRASD

Article enrichi par Ben Albouy et Stéphane Hairy

9 Commentaires
  1. toine 3 années Il y a

    Le néocapitalisme doit être attaqué de front depuis des décennies, sans que nous fassions rien …
    Je n’ai aucun espoir de voir la gauche socialiste se ressaisir alors qu’elle a traversé un siècle à se perdre aux bottes des capitalistes.
    Nous ne pourrons nous sauver d’une anarchie sanguinaire et d’une destruction totale de notre environnement qu’en illégalisant la règle d’économie censitaire d' »Une action – une voix » et en lui substituant la règle de la coopération : « Une personne – une voix ». Les écologistes belges l’ont voté en 1985 lors d’une assemblée doctrinale près de Namur. Après leur déroute électorale de 2014, qu’attendent-ils encore pour se ressaisir ?

  2. guillaumedeloison 3 années Il y a

    Article super bien fait! très heureux de découvrir l’IRASD. Je suis passionné de toutes ces approches socio-structurel, et la ça claque !

  3. Anna 3 années Il y a

    Nous n’avons pas de recul… quel est le risque ? Y a t-il une société qui l’a expérimenté ? Comment faire pour les décisions d’ordre internationales ? et comment inter-réagir avec les autres pays de l’U.E et les autres continents ? Et pour les exportations ? Dans le fond, ce système offre une possibilité enfin au peuple de prendre son destin en main, mais c’est beaucoup plus complexe que cela…

  4. philippeb42 3 années Il y a

    Intéressant, mais parler de modèle ne me parais pas adéquat , on pourrait dire expériences, expérimentations, propositions ….car de modèle par définition il n’y en a pas en réelle démocratie , puisque les fonctionnements sont co-élaborés tout au long du processus et par définition non-définitifs et créatifs donc imprévisibles.

  5. Pierrick 3 années Il y a

    Hello,

    Le système décrit ici et celui utilisé par le 4èmeSinge est très proche de la démocratie participative en effet. Seuls ceux qui sont membres choisisses. C’est le même système pour la plupart des gens qui se regroupent pour essayer de créer d’autres système de décisions. Cela parait le plus simple, avec ce problème de faire participer un maximum de gens, et de bien réfléchir, tout ça…

    Donc, si on poursuit le raisonnement, les gens « pas intéressés » ne choisissent toujours rien, ne débattent toujours pas, et prennent encore moins de décisions pour le mieux vivre ensemble (ou le mieux géré ensemble 😉 ). C’est pareil quoi.
    Comment les inclure ?
    C’est là que nous réfléchissons à l’implication. Nommons-la « citoyenne », vu que l’on parle de ça. Si l’on inclus pas les gens qui n’en ont rien à foutre, on en revient au même: certains choisissent pour d’autres. Au sens de certains, faut voir pourquoi ils n’en ont rien à foutre avant. Et la réponse la pus admise est « soucis d’éducation ».
    On apprend pas, à l’école/maison/communauté, à partager ses pensées, ses envies, ses idées, a en débattre avec autrui, etc. En gros à être ouvert pour être ouvert.
    La justice (les lois, tout ça) est censée apporter ceci. Un non-choix humain. Une base commune de décision évolutive. Pas de bol, les puissants s’en sont servit et ont gagné. Ils écrivent ces lois, ces valeurs censées êtres communes. Sans demander l’avis de tous, vu qu’ils sont représentés: ils sont donc légitimes ! (ce qui ne change pas grand chose lorsque l’on reparle de représentativité, ou autre trucs nouveaux: on en reviendra forcément par « certains décident pour d’autres » avec un superbe argument de: « on peut pas faire autrement, c’est pas possible »).

    Ce qu’on imagine n’existe pas. Ce qu’on est entrain de créer n’en est qu’au balbutiement de réflexion. Alors laissons le soin aux gosses de nos gosses (voir après) s’ils ne sont pas tous malades et fertiles grâce à m’ssieur Monsanto & Cie, de réaliser ça.
    On ne pourra pas, nous, on est trop intriqué dans le système de pensée actuel. Il faut continuer de propager cette idée que tous sommes utiles et surtout entendus si on le souhaite (que l’on veuille participer ou non), et surtout montrer aux gosses à faire autrement. En l’apprenant tôt, on le comprend tôt, et on agis tôt. Et on apprend à sa propre descendances ces choses et ces manières de penser. Éducation prioritaire, et action citoyenne participative. Le meilleur modèle pour que nos descendant créé quelque chose que l’on ne connaîtra pas. Car il me semble que c’est pour cela que l’on se bat. Pour nos descendant, et non pour nous. C’est comme planter un arbre: On en récoltera pas le fruit. La question est de se demander si on veut planter ou pas. Le seul choix humain, si on y pense. Notre seul pouvoir.

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