Nicolas Hulot – L’ère du vide

Les géologues nous disent que nous sommes brutalement rentrés dans l’anthropocène, une nouvelle étape géologique qui signifie que nous avons basculé dans l’ère de l’Humanité. L’Homme en peu de temps, dans sa toute puissance est devenu son propre facteur d’évolution, il est lui même une force géologique.

« Je déplore que le sort de l’humanité soit dans d’aussi mauvaises mains que les siennes » disait déjà au 18ème siècle le philosophe Julien Offray de La Mettrie. Pour ma part, je me bats, avec bien d’autres, pour donner tort à cette sentence. Je considère que tant que l’avenir dépend de nous, l’improbable est possible et le meilleur aussi. Sauf que la fenêtre d’opportunité entre ce que nous pouvons décider ou ce que nous devrons subir se réduit à chaque instant.
Mais j’avoue qu’au retour d’un déplacement au Sahel, je me demande dans un accès de colère si l’avenir ne va pas va pas cruellement donner raison au philosophe. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » disait Rabelais. « Science sans conscience sera la ruine de l’Homme » oserai-je paraphraser !

Ce qui motive ma fureur de l’instant (mauvaise conseillère), c’est le contraste saisissant entre la situation de l’Afrique au carrefour de toutes les douleurs et de toutes les menaces et l’objet chez nous de nos attentions. Une Afrique engluée dans les conflits qui subit déjà pour une partie des conditions climatiques difficiles mais qui voit sous le joug des changements globaux le phénomène tragique de désertification s’accélérer. Une Afrique abreuvée de l’extérieur de bonnes intentions mais ignorées souvent des réalisations concrètes. Une Afrique qui attend désespérément la matérialisation des innombrables engagements énoncés ici et là et notamment au sommet de Copenhague. Une Afrique qui en définitive aura toute légitimité à migrer vers le Nord si celui ci ne remplit pas d’urgence ses obligations. La désertification aura porté aux portes de l’Europe, entre 2000 et 2020, 60 millions de personnes nous dit Monique Barbut, secrétaire exécutive de la convention des Nations Unies sur la désertification.

A peine posé sur notre sol et parcourant d’un œil distrait mais consterné la presse de ces derniers jours, me saute aux yeux combien une fois de plus, mais avec un art consommé, nous avons inversé l’ordre des priorités entre l’utile et le futile. Le futile, l’inutile et même le sordide en terme d’espace sont devenus l’objet premier d’un microcosme qui malheureusement préempte l’attention et détourne de l’essentiel au profit du superficiel.
Le summum a été atteint avec le fait divers Nabilla. Je crois que nous étions proche de l’orgasme médiatique tant il y avait matière à alimenter le feu de l’insignifiance. Un cas d’école où la même machine qui a consacré sans précaution au rang de star un personnage vide de tout talent et d’intérêt, la même machine se repaît aujourd’hui des conséquences de notre inconséquence.
Au regard il y a quelques semaines de l’hystérie collective provoquée par la publication d’un livre d’une ex première dame, événement qui aurait dû se réduire à une simple brève dans les journaux, nous sommes dans la même logique ou plutôt illogisme. Comparé avec le traitement insignifiant de la publication du dernier volet du 5ème rapport du GIEC qui met ni plus ni moins en lumière l’incertitude de plus en plus forte sur l’avenir de l’humanité, avouons qu’il y a de quoi pleurer.

Si l’on ajoute à cela le spectacle constant et désolant des affaires, et le climat tout aussi édifiant d’une permanence d’élection présidentielle, avec son lot de petites haines et phrases assassines qui fait le bonheur de l’info continue et de ses commentateurs avisés, je me dis que garder espoir devient vraiment un acte de bravoure.

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Paris va accueillir en décembre 2015 la conférence climat où 195 états vont décider pour le meilleur, je l’espère ou pour le pire, je le crains, de l’avenir de la planète et donc de l’humanité. Cet enjeu éminemment complexe qui oblige à combiner 2 notions de temps, le court terme et le long terme, et à remettre à plat un modèle économique, dopé depuis 150 ans par l’usage des énergies fossiles qui, aujourd’hui, ne sont plus la solution mais le problème, ce carrefour de complexité ne peut en aucun cas s’accommoder de cette inversion consacrée des valeurs. La France qui sera sous l’œil du monde doit se ressaisir et renouer avec la hiérarchie des priorités.

Chacun de nous doit prendre sa part de responsabilités dans ce cycle du futile. Dans cette complaisance silencieuse, voire même cette gourmandise avec le frivole, nous nous réduisons. Car derrière les fonctions, derrière nos différences culturelles, politiques ou sociales, c’est notre responsabilité de parents qui doit primer.

Ne sacrifions pas l’avenir de nos enfants à l’aune de nos futilités !

Nicolas Hulot


Source: http://nicolashulot.tumblr.com/


7 Commentaires
  1. sofonnou a. theophane 3 années Il y a

    Mr Nicolas Hulot,merci pour cet effort incommensurable que vous ne faites de nous montrer,et de tirer en tout temps, en tout lieu,et en toute circonstance les enjeux de notre planète. Ils ne vous écouteront pas? Tellement obnibulé par leure petite parcelle de pouvoir. Mais une chose est sûre et certaine l’histoire retiendra votre nom en caractère d’or gravé sur le fronton de notre planète. Quand aux dirigeants de ce monde ils oublient que nous sommes tous embarqués sur ce bateau » PLANÈTE »et que si celà chavirait,nous coulons tous avec. BRAVO Mr Nicolas Hulot. Merci et COURZGE.

  2. Armanet 3 années Il y a

    Très bons points de vue (à mon avis), avec des propos un peu disparates : Nabila et le problème africain… Mais j’apprécie ce que dit Nicolas Hulot et ses analyses de la situation.

  3. Maraiauria Dimmy 3 années Il y a

    je suis entierement avec vous a 100% monsieur Hulot Nicolas tant que les gouvernements de toute la planete ne font pas un effort on ne sait pas que va devenir l’avenir de nos enfants.Une choses que je sais ne pas juger et ne pas condamner la loi de l’atraction,que le monde envoie des pensees positives sur toute la planete terre nous sommes suffisament peuplees pour cette cause.Namaste.

  4. roca 3 années Il y a

    mais que faire quand ce sont nos enfants justement qui s’intéressent de plus en plus à ces futilités…

    • Margot Moison 3 années Il y a

      Le discours des enfants prends souvent exemple sur celui des parents. Il est facile de dire qu’ils sont à l’origine du problème alors que les modèles que l’on fait valoir ou simplement que l’on cautionne sont ceux qui ont ancré les racines de la société dans laquelle on vit..

  5. Pat 3 années Il y a

    « Je me dis que garder espoir devient vraiment un acte de bravoure »: Énorme mais énorme quoi mon nico…lot !

  6. foubert 3 années Il y a

    élevons le débat , ici en Belgique , je crois que peu de personnes suivent ces futilités médiatiques à la française , malheureusement nous avons aussi nos soucis linguistiques , ce qui n est pas moins drôle.Nos fossoyeurs politiques nous attendent partout . Et à nous d essayer de  » vivre sain » et de montrer l exemple. Merci Monsieur Hulot

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